Apollonios de Tyane & Le Lincuel de Turin

Par Robertino Solàrion ©2005


Apollonius Tyanaeus

Traduction Par Polo Delsalles, Montréal

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L'information suivante provient textuellement de : A Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, Vol. 1, pp. 242-244, by Professor William Smith & Others, London, 1890.

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APOLLONIUS TYANAEUS, un philosophe Pythagoricien, né à Tyane en Cappadoce environ quatre ans avant l'Époque Chrétienne.  Une grande part de sa réputation doit être attribuée à la croyance en ses pouvoirs magiques ou surnaturels et la parallèle que les écrivains modernes et anciens ont tenté de dessiner entre son caractère et ses supposés miracles avec ceux de l'auteur de notre religion.  Sa vie par Philostrate est une masse d'incongruités et de fables ; si elle contient un fondement de vérité historique et si elle a été écrite complètement ou en partie dans un but controversé, sont des questions dont nous serons plus en mesure de discuter après avoir donné un compte-rendu du contenu du travail lui-même.

Selon la narration de son biographe, Apollonios était d'une lignée noble et se disait apparenté aux fondateurs de la ville de Tyane.  Ce n'est pas nécessaire que nous nous arrêtions pour débattre l'autre histoire de l'incarnation du dieu Protée ou de la déléguer, avec Tillemont, à l'agence démoniaque.  A l'âge de quatorze ans, il a été placé sous le soin d'Euthydème, un rhétoricien de Tarse ; mais étant dégoûté du luxe des habitants, il a obtenu la permission de quitter de son père et de son professeur pour se retirer à la ville voisine d'Égée.

Ici, on dit qu'il a étudié le cercle entier du Platonisme, de l'Épicurisme Sceptique et de la philosophie Péripatéticienne et donna sa préférence au Pythagorisme, dans lequel il avait été formé par Euxène d'Iráklion.

Immédiatement, comme si l'idée de marcher dans les pas de Pythagore l'avait saisi depuis sa jeunesse, il a commencé à s'exercer dans l'ascétisme sévère de la secte ; il s'est abstenu de nourriture animale et de vêtements de laine, renia le vin et la compagnie des femmes, laissa ses cheveux allongés et, se rendit au temple d'Asclépios à Égée qui était supposé le tenir en haute estime.

À l'âge de 20 ans, il a été rappelé à Tyane par rapport à la mort de son père.  Après avoir divisé son héritage avec un frère dont on dit qu'il a sauvé de la vie de débauche et, donnant la plus grande partie de ce qui est resté à sa parenté plus pauvres, il est revenu à la discipline de Pythagore et garda le silence mystique complet pendant cinq ans, durant lequel les vérités secrètes de la philosophie ont été divulguées.

À la fin de cette période de cinq ans, il voyagea en Asie Mineure, allant d'une ville à l'autre et comme Pythagore, discuta au sujet des rites divins.  Dans sa biographie, durant cette période de sa vie, il y a un trou d'environ vingt ans pendant lequel nous devons supposer un emploi de temps similaire, à moins que nous ayons raison de soupçonner que la date reçue de sa naissance a été décalée de vingt ans.

Il avait entre quarante et cinquante ans lorsqu'il a entrepris ses voyages vers l'Est ; ici, Philostrate envoie son héros sur un voyage de découverte dans lequel nous devons nous contenter de le suivre.

D'Égée, il s'est rendu à Ninive où il a rencontré Damis, le futur chroniqueur de ses actions, et, continuant sur son itinéraire en Inde, il a discouru à Babylone avec Bardane, le roi de Parthes, et a consulté les Mages et les Brahmanes qui sont supposés lui avoir transmis quelques secrets de la théurgie.  Ensuite, il a visité Taxila, la capitale de Phraatès, un prince indien, où il a rencontré Iarchas, le chef des Brahmanes, et a discuté avec les Gymnosophistes indiens déjà versés dans la philosophie d'Alexandrie.

Ce voyage dans l'Est a duré cinq ans ; à sa conclusion, il est revenu aux villes ioniennes d'où, pour la première fois, nous entendons parler de ses prétentions aux pouvoirs miraculeux fondées, comme il paraîtrait, sur la possession de quelque connaissance divine dérivée de l'Est.  S'il est vrai que les honneurs d'un dieu lui ont été décrétés à cette période de sa vie, nous sommes, bien sûr, menés à penser à une certaine collusion avec les prêtres, dont on disait lui ont référé des malades pour être soulager.

[Note : Il est inexact que le voyage de l'Est a duré cinq ans.  Il n'a duré qu'environ 3.5 années.  Voir la "Chronologie par Sir Flinders Petrie".]

D'Ionie, il a traversé en Grèce et a visité les temples et oracles qui étaient sur son chemin, d'où il discuta de religion, présumant avoir l'autorité d'un législateur divin.  Aux Mystères d'Éleusis, il a été rejeté comme magicien, et n'a été admis que plus tard de sa vie ; la même cause l'a exclu de la caverne de Trophonius (d'où il a prétendu avoir obtenu les livres sacrés de Pythagore), et laquelle il est entré de force.

Après avoir visité la Lacédémone, Corinthe et les autres villes de Grèce, il se dirigea vers Rome et y arriva juste après qu'un édit contre les magiciens ait été publié par Néron.  Il fut immédiatement conduit devant le consul Télésine, et Tigelle, le favori de l'empereur.  Le premier le libéra, nous dit-on, pour l'amour de la philosophie et le dernier, par peur d'un pouvoir magique qui ferait disparaître les lettres du chef d'accusation.

Après son acquittement, il s'est rendu en Espagne, en Afrique et à Athènes où, lors de sa deuxième demande, il fut admis aux mystères ; et d'Athènes, il se dirigea à Alexandrie où Vespasien, mûrissant sa révolte, se rendit bientôt compte de l'importance d'un tel allié.  L'histoire de leur rencontre peut être authentique et est certainement curieuse comme démontrant Apollonios dans le troisième des triples rôles assumer par Pythagore -- philosophe, mystique et politicien.

Vespasien fut rencontré par un groupe de magistrats à l'entrée de la ville, des préfets et des philosophes, et demanda précipitamment si le Tyanaéen était parmi eux.  Se faisant dire qu'il philosophait au Serapeum, il s'y rendit et demanda la faveur qu'Apollonios le fasse empereur ; le philosophe a répondu "qu'il avait déjà fait ainsi, en priant les dieux pour un souverain juste et vénérable" sur quoi Vespasien déclara qu'il se remettait entièrement entre ses mains.

Un conseil de philosophes fut rapidement organisé, incluant Dion et Euphrate, des stoïques à la cour de l'empereur, dans lequel la question a été officiellement discutée.  Euphrate protesta contre l'ambition de Vespasien et le vil assujettissement d'Apollonios, préconisant la restauration d'une république.  Philostrate fait souvent allusion à ce différend qui créa la fondation d'une querelle durable entre les deux philosophes.

Le dernier voyage d'Apollonios fut en Éthiopie, d'où il est revenu pour s'établir dans les villes ioniennes.  La même amitié que son père avait démontrée a été continuée envers lui par l'empereur Titus qui, dit-on, l'aurait invité à Argos en Cilicie, et d'avoir obtenu une promesse qu'un jour, il visiterait Rome.

Avec l'ascension de Domitien, Apollonios essaya d'exciter les provinces d'Asie Mineure contre le tyran.  Un mandat fut envoyé pour l'emmener à Rome mais, l'ayant déjà anticipé, il se rendit volontairement pour éviter d'impliquer ses compagnons.

Étant conduit devant l'empereur, sa prudence l'abandonna ; il fit l'éloge de Nerva et fut dépêché en prison, chargé de chaînes.  On avait apporté trois chefs d'accusation contre lui -- la singularité de ses vêtements et de son apparence, d'être adoré comme un dieu et, le sacrifice d'un enfant avec Nerva pour un augure.  Comme sa mort semblait menaçante, il était temps de démontrer ses pouvoirs miraculeux ; il a disparu devant ses persécuteurs et après avoir apparu devant Damis à Putéoli à la même heure qu'il disparut de Rome, il passa en Grèce où il resta pendant deux ans, disant que l'empereur l'avait publiquement acquitté.

Les dernières années de sa vie ont été passées à Éphèse où l'on dit qu'il avait proclamé la mort du tyran Domitien à l'instant même que cela eut lieu.  Trois endroits -- Éphèse, Rhodes et Crète -- réclamèrent l'honneur d'avoir été son dernier lieu de résidence.  Tyane, où un temple lui fut consacré, est désormais devenu un des villes sacrées et posséda le privilège d'élire ses propres magistrats.

Nous discuterons brièvement de trois sujets. 

I.  Le fondement historique sur lequel la narration de Philostrate a été basée. 

II.  Jusqu'à quel point, si du tout, elle avait été conçue comme un rival à l'histoire de l'Évangile. 

III.  Le vrai caractère d'Apollonios lui-même.

I.  Aussi difficile que cela puisse être de séparer la vérité de la fiction dans la narration de Philostrate, nous ne pouvons pas concevoir qu'une prétendue histoire, si bien reçue par les auteurs contemporains et écrite environ cent ans après la mort d'Apollonios, devait être simplement l'invention d'un romancier.  On doit permettre que toutes les fables absurdes de Ctésias, les mensonges confus de toutes les mythologies (lesquelles deviennent de plus en plus absurdes comme elles sont plus anciennes), les contes féeriques de l'Est et peut-être une parodie de quelques-uns des miracles chrétiens, tous sont utilisés par Philostrate pour orner la vie de son héros.  De plus, nous croyons que l'histoire elle-même, réduite de ses miracles, est probablement aussi fausse que les miracles.

Malgré cela, nous ne pouvons pas expliquer l'accueil de la narration parmi les anciens et même parmi les pères eux-mêmes, à moins qu'il y eût une tradition indépendante du caractère d'Apollonios sur laquelle elle a été fondée.  Eusèbe de Césarée, qui répondit à la "Logos filalethes pros Christianous" de Hiéroclès (dans laquelle une comparaison fut entreprise entre Notre Seigneur et Apollonios), semble avouer, en général, la vérité de la narration de Philostrate, à l'exception de ce qui est miraculeux.

Si elle peut s'appeler ainsi, la parodie de la vie de Pythagore peut être plutôt tracée à l'imposteur lui-même qu'à l'ingéniosité de son biographe.  Des statues et des temples existaient en son honneur ; ses lettres et ses supposés écrits existaient encore.  Le manuscrit de sa vie par Damis l'Assyrien fut l'uvre original que Philostrate orna par sa rhétorique ; et plusieurs avis officiel de ses visites et de ses actes peuvent être trouvés dans les registres publics des villes asiatiques qui auraient réfuté l'histoire, si elle avait été contradictoire.

Ajoutons à cela, qu'une autre vie d'Apollonios de Tyane par Moeragène est mentionnée qui fut négligé par Philostrate, parce que, dit-il, elle avait omis un grand nombre de détails importants et, laquelle Origène qui l'avait lu, écrit avoir parlé d'Apollonios comme un magicien dont l'imposture avait trompé plusieurs philosophes célèbres.  En général, la conclusion à laquelle nous en venons est qu'à la période lorsqu'il y avait une croyance générale en les pouvoirs magiques, Apollonios a atteint une grande influence en prétendant pouvoir les exercer, et que l'histoire de Philostrate donne une idée juste de son caractère et de sa réputation, même si les faits sont contradictoires et les merveilles, absurdes.

II.  Nous avons omis les prodiges avec lesquels Philostrate a garni sa narration et qui n'en forme pas, en général, une partie essentielle.  Plusieurs d'entre eux coïncident curieusement avec les miracles chrétiens.  La proclamation de la naissance d'Apollonios à sa mère par Protée et l'incarnation de Protée lui-même, le chur de cygnes qui chantait de joie à cette occasion, l'exorcisme des mauvais esprits, la résurrection des morts, la guérison des malades, ses disparitions soudaines et ses réapparitions, ses aventures dans la caverne de Trophonius et la voix sacrée qui l'appela à sa mort, sa prétention d'être un enseignant ayant l'autorité de réformer le monde -- ne peuvent pas manquer de suggérer les passages parallèles dans l'histoire de l'Évangile.

Nous savons aussi qu'Apollonios n'en était qu'un parmi plusieurs rivaux désignés par les Éclectiques à être Notre Sauveur (par exemple, Hiérocles de Nicomédie dans le temps de Dioclétien) -- une tentative, il est important de remarquer, renouvelée par les "Freethinkers" anglais, Blount et Lord Herbert.

Cependant, nous devons dire que les ressemblances sont très générales et que là où Philostrate emprunta de la narration de l'Évangile, c'est seulement comme il le fit de toute autre histoire de merveilles, et que l'idée d'un but controversé est contradictoire avec le compte qui fait de la vie écrit par Damis le fondement de l'histoire plus récente.

De plus, Philostrate a écrit à l'ordre de l'impératrice Julia Domna et il vivait à ce temps au palais d'Alexandre Sévère qui adorait parmi ses Pénates, Notre Seigneur, Orphée et Apollonios ; alors, il paraît improbable qu'il ait ressenti quelque hostilité particulière au Christianisme.  Bien que, de l'autre côté, il connaisse l'histoire générale de la vie de Notre Seigneur de laquelle il aurait pu tirer certains incidents.  À tout prendre, nous concluons, avec Ritter, que la vie d'Apollonios n'a pas été écrite avec un but controversé, puisque les ressemblances, bien que vraies, indiquent seulement que certaines choses ont été empruntées et ne démontrent pas de trace d'une parallèle systématique.

[Note : La référence ci-dessus à Alexandre Sévère est inexacte.  Le nom correct aurait dû être Septime Sévère, mari de Julia Domna.  Aussi, soit dit en passant, notons comment l'écrivain de cet article entreprend de faire de la vie de "Jésus-Christ" le modèle de Philostrate dans son oeuvre "La Vie d'Apollonios de Tyane." Cet article a sans doute été composé par un apologiste de l'Église.]

III.  Le caractère d'Apollonios aussi bien que les faits de sa vie ressemblent remarquablement à ceux de Pythagore, dont il suivit.  Les trois mots -- voyage, mysticisme, débat -- caractérisent chacune de la première moitié de leur vie.  Il ne peut pas y avoir de doute qu'Apollonios prétendait aux pouvoirs surnaturels et fut, d'une certaine façon, considéré par les anciens comme un magicien et un être divin.

En autant que nous sommes en mesure de le tracer, l'objet de son plan était double -- en partie philosophique et en partie religieuse.  Comme philosophe, il doit être considéré comme un des moyens termes entre les systèmes grecs et orientaux, qu'il tenta d'harmoniser dans le savoir symbolique de Pythagore.  Il considéra comme subalterne la doctrine pythagoricienne des nombres ainsi que leurs principes de musique et d'astronomie, puisque ses efforts principaux étaient dirigés pour rétablir l'ancienne religion sur une base pythagoricienne.

Son but était de purifier le culte du Paganisme des corruptions qu'il disait être dû aux fables que les poètes y avaient introduits et de restaurer les rites des temples dans tout leur pouvoir et signification.  Dans ses travaux sur la divination par les étoiles et sur les offrandes, il rejète les sacrifices comme impurs aux yeux de Dieu.

Tous les objets sensoriels, même le feu, possédaient une nature matérielle et corruptible.  La prière elle-même devrait être l'offrande pure du cur et devenait polluer en traversant les lèvres.

Cette objection à faire des sacrifices était sans doute rattachée à la doctrine pythagoricienne de la transmigration des âmes.  Dans les miracles qu'on lui attribut, nous voyons la même trace du caractère pythagoricien ; ils sont des principalement des prophéties et ce n'est pas le pouvoir de contrôler les lois de la nature qu'Apollonios réclame mais, plutôt, un secret d'accomplir des prodiges qui lui donne une perspicacité plus profonde qu'est possédée par le commun des mortels.  Somme tout, nous pouvons situer Apollonios entre le philosophe mystique et le simple imposteur, entre Pythagore et l'Alexandre de Lucien ; et, les anciens eux-mêmes le considérèrent dans ce double caractère.


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