LE MONDE D'ALDE MANUCE, Partie 3
Par Martin Lowry
Ithaca, New York, 1979

Commentaire Par Rob Solàrion

Traduction Française Par Polo Delsalles

*

Bonsoir ! Voici la balance du Chapitre Quatre et il est très long. Ce que j'ai déjà transcrit contient sans doute le nom de la source de Philostrate. La balance de ce livre semble être consacrée à d'autres sujets que strictement à la publication de livres. Voyez si vous pouvez trouver ce livre en France :

"Annales de l'Imprimerie des Alde" (3 vols.) par A. Renouard (Paris, 1825)

Ce soir, je vais faire quelques recherches à Google pour quelques-uns de ces noms.

Pages 141-142--Nous devons maintenant tourner de la forme vers la matière et demander comment le programme de publication d'Alde fut affecté par les malchances opportunes de ses concurrents, et son propre déploiement d'un éventail de polices typographiques typiquement "humaniste" jamais assemblé par quelque imprimeur. Il est courant de dire qu'après 1500, Alde s'aventura au-delà de l'Hellénisme dévoué mais légèrement doctrinaire de sa période précédente et explora l'océan entier de renouveau d'intérêt humain dans les langues classiques et l'émergence du vernaculaire italien, exprimant dans ses publications la vision de Pico de l'étincelle divine de la Raison dans l'homme comme l'instrument d'édification universel. Certes, un portrait inspirant qui dérive une certaine crédibilité des faits et des chiffres.

En effet, la quantité totale de matière grecque déclina brusquement : jusqu'à l'an 1500, 4,212 feuilles furent imprimées, seulement 2,235 entre 1500 et 1503, et soit dit en passant, la proportion de Latin au Grec--3,839 feuilles à comparer à 2,235--renverse presque exactement celles de la période précédente. Mais l'étendu des activités d'Alde durant les premières années du nouveau siècle est étonnante. À cette époque, il imprima en quatre langues. Ses expériences avec le caractère typographique hébreu prirent fin prématurément avec sa propre "Introductio perbrevis" et quelques essais de folios pour sa Bible polyglotte morte-née.

[COMMENTAIRE : Si vous vous rappelez ce qui a déjà été mentionné, Lowry affirma qu'Alde voulait publier des Bibles. Voici de nouveau sa tentative de publier une Bible en quatre langues. Cela aurait été, en effet, une Bible fascinante ! De nos jours, cela ne serait aucunement un problème. Néanmoins, Alde était un chrétien. Mais il fut aussi un "penseur-libre" et un "preneur de risque" qui publia des livres dont les patriarches n'approuvaient pas, mais il les publia quand même y compris Philostratus (camouflé avec l'addition d'Eusèbe). En autant que je le sais, le seul livre "inconnu" ou "manquant" qu'Alde imprima fut celui de Philostrate. Tous les autres furent disponibles au préalable. Et même s'il attendit jusqu'en 1504 pour le "distribuer", il "l'imprima" avant "d'imprimer" tous les autres écrits plus célèbres. Un de ses bâilleurs fit "pression" pour qu'il le fasse. C'est cela le mystère.]

Mais ses textes grecs inclurent cinq premières éditions exceptionnellement importantes des écrivains classiques du cinquième-siècle Thucydide, Hérodote, Xénophon, Sophocle et Euripide, la plupart desquels n'ayant reçu qu'une attention éditoriale dès plus superficielle jusqu'à ce temps. Nous devons aussi considérer l'afflux des classiques latins--Virgil, Horace, Martial, Cicero, Lucan, Statius, Ovide et Catullus--qui prennent les places des fadaises académiques minables qui jouèrent un si grand rôle dans le programme latin précédent. Le plus important de tout est l'introduction avec le caractère italique de la forme octavo du livre et de son usage subséquent pour les publications en Grec, en Latin et en Italien. Un petit volume, des éditions produites en masse allant jusqu'à trois mille exemplaires, au coût raisonnable et facilement porté, cela semblait une extension sociale des convictions des humanistes que la littérature pouvait éclairer là où elle alla, et la hâte impudente avec lequel le modèle fut copié est la preuve la plus claire de son succès. ...

La notion qu'Alde introduit les deux, l'octavo et l'italique, comme moyens de sauver sur les coûts de production n'est qu'une déduction moderne, et si l'imprimeur savait qu'il fut grandement reconnu comme l'initiateur d'une sorte de "révolution du livre de poche", il se tordrait probablement dans sa tombe inconnue.

[COMMENTAIRE : AH ! Alors la "célébrité" principale d'Alde est qu'il "inventa" le livre moderne peu coûteux. Avant cela, tout fut écrit dans des "codex" et manuscrits disgracieux. Par la suite, nous trouvons une discussion du marché du livre, du prix des livres et ainsi de suite. Je poursuis.]

Pages 146-156--Quelle sorte de marché tenta-t-il d'atteindre ? Nous ne possédons pas de preuves suffisantes concernant les achats pour avancer quelque base statistique réelle, mais il existe d'autres indications possibles : la correspondance, les propriétaires des quelques copies de chaque édition qui furent imprimée sur vélin en demande spéciale, et surtout tous les hommes à qui certains livres furent consacrés. Ce sont ces noms qui révèlent le changement dans le cercle de contacts d'Alde, et font allusion aux goûts qu'il tenta pour l'instant de satisfaire. Les amis académiques de la période précédente sont encore beaucoup en évidence. Mais Marin Sanudo, le diariste et homme politique, qui reçu non moins que cinq dédicaces durant les années 1501 et 1502, occupe maintenant une place plus importante que quiconque, et un nombre croissant des hommes semblables se joignent à ses côtés.

Il y a des patriciens vénitiens influents tel Antonio Morosini : des conseillers puissants des royaumes du Nord de l'Europe, tel Sigismund Thurz ou John Lubranski ; des savant-diplomates tel Janus Lascaris, maintenant au service de la couronne française. Quelques-unes des copies de vélin existantes encore suggèrent que ceux qui prirent le trouble de les commander ne différaient pas grandement dans leurs antécédents ou leurs occupations. À Londres et Manchester il y a des traces d'un ensemble superbe de poètes latins, tous illuminés dans un style qui ressemble celui de Benedetto Bordone, et portant tous le blason de la famille Pisani. Un Petrarche maintenant à Londres, illuminé dans le même style, porte la roue d'un moulin de da Molin, un des familles les plus puissantes de Venise pendant les premières décennies du 16ème siècle. La bibliothèque de l'administrateur français Jean Grolier, célèbre en son propre temps et aujourd'hui pour la conception magnifique de ses reliures, fut particulièrement riche en octavo aldin.

[COMMENTAIRE : ALERTE YGGDRASILL ! "La roue d'un moulin de da Molin." La "roue d'un moulin" est une autre référence métaphorique à L'Arbre cosmique. Un des livres qui discutent cette "roue d'un moulin" dans l'histoire est HAMLET'S MILL par Giorgio de Santillana et Hertha von Dechend, publié en 1969. Je l'ai en main. C'est là que j'obtint mon titre "l'Arbre cosmique." Les couvertures avant et arrière de ce livre peuvent être vues à mon site Internet à http://www.apollonius.net/cosmictree.html . Je vérifie HAMLET'S MILL pour une référence à "da Molin"... rien ! L'index ne contient pas "da Molin" ni "Molin" ni "Alde" !]

L'indice se trouve dans la similarité des antécédents culturels et occupationnelles de tous ces hommes. Tous furent profondément exposés aux influences italiennes, généralement à Padoue : et tous furent des hommes d'affaires occupés. Ils furent les genres d'hommes qui traverseraient l'Europe pour le compte des princes et des républiques pendant le 16ème siècle, attendant des journées entières pour un bon vent ou une route sans obstacles, faisant les cent pas dans les anti-chambres pendant des heures dans l'espoir d'une audience qui ne fut jamais allouée. Ils furent les intellectuels séculiers de l'Europe de la Renaissance : les hommes qui remplirent les universités en expansion pour se procurer un emploi au service de leurs gouvernements, causant ce qui fut appelée une "révolution pédagogique" dans chaque pays d'Europe où leur montée en importance fut décrite.

Alde travailla pour ces hommes plutôt que pour quelque "lecteur populaire" imaginé ou idéalisé. Il ne fut pas prescient : nous n'avons aucune raison de croire qu'il prévit ou fait quoi que se soit pour créer la "révolution pédagogique". Mais il suivit sa marée et il fut clairement conscient des inconforts et des difficultés qui affrontaient ses contemporains. Il envoya Ovide à Sanudo dans l'espoir qu'il trouverait le temps de le lire en intervalles à travers son travail principal, et dans sa dédicace au conseiller hongrois, Thurz déclara qu'il produirait bientôt des "bibliothèques portatives" entières en Latin et en Grec. Mais Thurz n'eut besoin d'aucune conversion. Il avait déjà écrit à Alde lui exprimant sa joie dans les éditions ingénieuses de Horace et de Virgil et la facilité avec laquelle il pouvait maintenant saisir quelques minutes de relaxation durant une journée occupée à la cour. Lascaris fut non moins enthousiaste. Si les octavo d'Alde ne furent pas tout ce qu'ils furent réclamés être, s'ils furent un instrument conçu pour agrandir le plaisir des relativement peu et riche plutôt que la compréhension des masses, il n'en reste pas moins qu'ils furent un développement vital dans l'émancipation de l'érudition.

Il est parfaitement juste d'insister sur le biais idéaliste derrière cette scène de la carrière d'Alde en autant que nous nous souvenons que l'idéalisme réagissait réciproquement avec des calculs commerciaux sagaces et un niveau de désordre divin. Cet équilibre délicat de tensions atteint sa pleine expression dans la conception de l'octavo littéraire : il se voit dans l'allocation de titres latins concis contre les titres grecs spéculatifs ; il se trouve même dans la sélection et la dédicace des trois travaux italiens. En imprimant les Classiques florentins Trecento, Dante et Petrarche, Alde put très bien avoir déclaré sa foi dans l'avenir de l'italien comme langue littéraire, et en le toscan comme forme la plus pure de l'italien. Mais il cultivait aussi les goûts de certains cercles raffinés et académiques dont les efforts plutôt ardus pour manier le style petrarchain survivent dans un certain nombre de manuscrits, et un membre d'un de ces cercles, Carlo Bembo, fournit les manuscrits et les coûts des éditions. Pour comprendre leur attrait, on a qu'à jeter un coup d'oil sur les lettres dans lesquelles cette patronnesse compulsive, Isabella d'Este, ajouta une copie de vélin de Petrache à sa liste d'achat. Même la courte description du Sud de la Russie par le voyageur génois Interiano--une autre fortune que la recommandation de Daniele Clari apporta à Alde--fut tournée à bon usage. Dédié au populaire écrivain napolitain Sannazaro, il devint une demande de copies corrigées des propres travaux de cet auteur.

[COMMENTAIRE : Carlo Bembo fournit certains manuscrits. Marin Sanudo reçut cinq dédicaces. Mais de Gabriel Brasichella fut le premier à faire application pour le droit d'auteur de Philostrate. Maintenant, nous avons rejoint l'endroit dont j'avais cité ci-dessus.]

Mais entre-temps, cette hâte qu'Alde avait de publier devenait une force en elle-même : une force positive probable car elle attira des nouveaux titres, mais souvent un embarras à l'organisation commerciale et académique, et une tension sévère à l'imprimeur. Nous ne connaissons pas l'histoire exacte derrière l'édition de la Vie d'Apollonius de Tyane de Philostrate : Alde finit d'imprimer le texte en mars 1501 mais ne le publia pas jusqu'en mai 1504, et le mis en circulation avec une introduction qui attaqua l'oeuvre point par point et le déclara le pire texte qu'il n'avait jamais lu.

[COMMENTAIRE : Tel que déjà énoncé auparavant, cela est curieux. Eusèbe fut publié avec Philostrate et attaqua Philostrate "point par point". Or, cela fait-il référence à Alde ou à Eusèbe ? Une note en bas de la page est citée pour cette information : G. Orlandi, "Aldo Manuzio, editore", 2 vols., Milan, 1976, XXVI. Pour le commentaire, voyez Christie, "Chronology... ", Page.213. Nous devrons faire de plus amples recherches sur ce sujet..

[Je vais continuer de transcrire. Ici, il nous faudra lire entre les lignes. Si nous ne pouvons pas résoudre ceci, le prochain pas serait alors de consulter les trois traductions latines/italiennes qui furent produites à Venise et Florence en 1549, inséré ci-dessous. Si ceux-ci sont des traductions directes du grec d'Alde, alors peut-être qu'une dédicace ou une préface par Alde est aussi incluse. Aucun de ces auteurs n'est inscrit dans la bibliographie ni dans l'index du livre de Lowry. Après avoir lu toute cette matière détaillée de Lowry, je ne peux imaginer qu'Alde ne révéleraient pas la source de quelque manuscrit qu'il imprime. Si non, la dédicace pouvait probablement être le nom de la source. Et nous ne savons pas si le Philostrate d'Alde fut un des cinq livres dédié à Marin Sanudo.]

1549 Della di Vita Apollonio Tianeo par F. Baldelli, Florence,

1549 La del Vita Gran Philosopho Apollonio Tianeo par L. Dolce, Venise,

1549 Della del Vita Mirabile Apollonio Tyaneo par G. Gualandi, Venise,

Pour son texte de Valerius Maximus et pour la défense de Platon par Bessarion, au moment où sa presse avait presque complété ces productions, Alde reçut de la nouvelle matière et dut imprimer des feuilles additionnelles. L'édition à grande échelle des Poètes latins-chrétiens semble pour l'éditeur avoir été tourné en cauchemar par ce genre d'enthousiasme. En janvier 1501, le premier volume et la première moitié du second furent publiés [juste avant Philostrate], mais la dédicace du second à Daniele Clari porte la date de juin 1502.

[COMMENTAIRE : Cela élimine un des livres dédicacé à Marin Sanudo.]

Des travaux non-datés en Grec et en Latin, dont les cahiers furent délimités différemment, sont ajoutés à la fin des deux volumes. Le troisième volume fut retardé jusqu'en juin 1504.

[COMMENTAIRE : Or, un autre livre fut également "retardé" de 1501 à 1504, et il n'y avait rien de "controversé" au sujet des Poètes Chrétiens. Un "cahier" est un ensemble ou un paquet d'environ 24 feuilles de papier, comme dans une brochure. Pour moi, c'est un nouveau mot. Je ne l'avais jamais vu auparavant et j'ai dû le regarder dans le dictionnaire.]

L'explication la plus plausible est qu'Alde planifia originairement une édition relativement modeste des courts travaux de Sedulius, Juvencus, Arator et Prudentius qui aurait été contenus dans un seul volume et se trouve maintenant dans les premières sections datées. Il devint plus connu, l'enthousiasme de l'érudition prit le dessus, et il attira de la nouvelle matière : d'abord, un manuscrit plus complet de Prudentius de l'Angleterre, qui chavira l'équilibre du volume ; alors, les travaux grecs de Jean de Damas, Cosmas et Epiphanius qui furent à leur tour traduits, édités et combinés au premier volume. Cela signifiait bien sûr de compléter le deuxième volume et Pierocandido Decembrio fut en charge d'éditer et de traduire le "Homèreocentra" et les deux volumes furent apparemment publiés ensemble quelque dix-huit mois en retard.

Pendant ce temps, des manuscrits de Gregory Nazanzenus commençaient à paraître et furent composés en ordre pour un autre volume : un arriva si en retard qu'Alde ajouta simplement deux pages et demie de corrections au texte grec, implora ses lecteurs de placer la traduction latine au bon endroit par eux-mêmes et tenta de se persuader avec une citation homérique que les choses étaient tenues de s'améliorer bientôt. Le commentaire de Nonnus de l'Évangile de St Jean, qui devait être publié comme quatrième volume et fut au stage de l'épreuve quand le troisième fut complété, ne semble pas avoir été produit officiellement.

Il fut approprié que le deuxième volume de cette série confuse fut le premier à porter le monogramme célèbre d'Alde du dauphin et de l'ancre, le symbole de l'ancien proverbe "dépêchez-vous lentement" qu'Alde déclara comme sa devise dès 1499 et dont il semble avoir exposé à ses amis régulièrement. En 1502, ce fut, en fait, une évaluation très appropriée de sa position. Il accomplit plusieurs choses. Mais son succès soutenu dépendrait de sa capacité de préserver l'équilibre de deux forces qui ne peuvent pas être toujours conciliables : l'enthousiasme des amis académiques qui l'inondaient de manuscrits et de demandes pour de nouvelles éditions, et le sens d'affaires de ses associés qui voulaient vendre plus de livres.

[COMMENTAIRE : Je ne suis pas certain qu'est-ce que cela signifie, à quoi réfère ce "deuxième volume", car aucun on ne discute pas ici d'un "premier volume". Quel "premier volume ?" Or, cette référence au "deuxième volume de cette série confuse" peut vraiment faire référence à Philostrate, étant le deuxième livre publié dans la Phase Deux qui commença en 1501. Ainsi, Le Philostrate d'Alde fut-il le premier livre aldin à porter le monogramme du dauphin et de l'ancre ? Ne m'as-tu pas envoyé un fichier JPG de la couverture du livre incluant le dauphin et l'ancre ?]

Le déclin de l'entreprise d'Alde de l'apogée atteint en 1502-1503 nous est aussi évident que ce le fut à ses contemporains. Seulement que deux douzaines d'éditions furent publiées entre 1504 et l'automne de 1512--moins que celles qui parurent durant les deux années précédentes. Il y eut plus de quatre ans d'inactivité, entre décembre 1505 et décembre 1507, et entre avril 1509 et octobre 1512. Mais le processus est graduel, complètement différent de la chute subite de l'organisation de Callierges en 1500, et interrompu par des éclats exceptionnellement importants de travail éditorial : ce n'est pas surprenant que les critiques hésitèrent de parler de la compagnie comme étant sur son déclin et ils préférèrent faire allusion aux difficultés commerciales qui furent le résultat de la situation périlleuse de Venise pendant ces années.

Le programme de publications grecques fut maintenu : les commentaires de Johannes Grammaticus continuèrent la série de travaux d'Aristote qui avaient commencé en 1495, et ils furent suivis de près les traductions latines de Theodorus Gaza. Gregory Nazanzenus compléta les poètes chrétiens. Les deux volumes de Homère, n'étant pas une première édition, devinrent presque aussi important par leur forme d'octavo et avait été planifiés depuis presque trois ans. De même, apparemment, pour le texte de Démosthène, "Discours" : un petit tirage qui rencontra plusieurs difficultés, mais Alde considéra les livres supérieurs à tous ceux qu'il avait produit jusque là. Avec les Orateurs grecs qui suivit en 1508-1509, ces volumes forment une paire de premières éditions extrêmement importantes qui assura la survie de la rhétorique grecque autant que les éditions précédentes de Hérodote, Thucydide, Xénophon, Sophocle, et Euripide avaient assuré celle de l'histoire et du drame. Le "Moralia" de Plutarque, qui paru enfin en 1509, fut un autre favori éducationnel, et avait été planifié depuis au moins dix ans. Quels que soient ses problèmes, il est clair que la foi d'Alde en la valeur pédagogique de l'Hellénisme fut encore très vivante et capable de se traduire en action.

Les éditions latines sont peu abondantes et contiennent une grande quantité de vétilles contemporaines. Mais le texte des lettres de Pline prend de l'importance car il fut basé sur un très vieux manuscrit, et l'"Adagia" d'Érasme fut un des livres les plus populaires de l'époque.

Tenant compte de tout cela, il y a encore trois facteurs à être expliquer de manière satisfaisante. Le premier est le déclin soudain du volume réel de matière imprimé. Le second est le long arrêt entre 1506 et 1507 qui ne peuvent pas être blâmé sur une guerre qui ne commença seulement qu'en 1509. Le troisième fut un sentiment parmi les intellectuels contemporains qu'Alde les décevait. "Il n'a rien fait de notable depuis qu'il s'est marié", lamenta John Cuno à la fin de 1505. "Je ne peux pas imaginer ce qui est la cause d'un tel changement dans Alde, à moins que ce soit le vieux problème de pauvreté d'Aristophane".

Un des travaux qu'Alde produit pendant cette période fut le "Asolani" de Bembo. Pour nous, il est une oeuvre de grand intérêt : une vision fascinante de la haute société, une expérience littéraire importante, une popularisation des théories d'amour de Ficino, et une édition qui commande l'attention par rapport aux personnalités en cause, et à cause de son lien aux développements politiques à Rome et Ferrara. Mais pour Cuno, le travail fut "quelques restes dans la vernaculaire, au sujet de l'Amour". L'impensable s'était produit. Alde imprimait des ordures.

Il est probable que les amis académiques pour qui Alde travailla avec tant d'assiduité avant 1500 furent intéressés principalement dans les éditions grecques pour qui il fut maintenant leur seule source, et qu'ils furent prêts à exercer une pression considérable sur lui pour obtenir ce qu'ils voulaient. Dès 1501, Lascaris déprécia la "migration de la Grèce à l'Italie" d'Alde et l'accusa d'être un vulgaire profiteur. Angelo Gabriel exigea la publication de Démosthène avec des "reproches presque journaliers". Écrivant de Rome en avril 1505, Scipio Fortiguerra fut inquiet de rumeurs qu'Alde avait cessé complètement d'imprimer des textes grecs. Comme nous l'avons vu, il n'avait pas fait cesser et ne cessait jamais. Mais les éditions grecques firent coûteuses à produire et difficiles à vendre, surtout lorsque comparées aux octavo élégants des auteurs latins populaires. Dans le catalogue de 1513, seulement que les textes latins les plus grands imprimés avant 1500 sont encore représentés : les éditions grecques retournant en arrière jusqu'à la Grammaire de Lascaris sont encore disponibles et offertes à prix réduit.

[COMMENTAIRE : De nouveau, l'emphase est mise sur le coût de production des textes grecs, mais malgré cette dépense, une édition grecque de Philostrate fut "imprimée" en mars 1501 ; et comme nous le savons, ce livre n'est certes pas considérée comme "court". Il y eut sûrement une "raison" pour cela, quoi qu'elle puisse être en fin de compte.]

Nous ne pouvons pas être très surpris du nombre croissant de signes que les associés d'Alde commençaient à intervenir plus directement dans la marche de la compagnie, de l'avertir contre les éditions grecques spéculatives et de faire pression pour des titres moins risqués tels les travaux de Virgil qui furent publiés entre 1501 et 1505. Le premier signe de problème vint dès 1503 lorsqu'une série de traductions des sermons d'Origène fut publiée "au frais d'Andrea Torresani, par le zèle et l'érudition d'Alde Manuce". La formule, normalement restreinte aux associations limitées, est unique parmi les publications aldines et semble suggérer des fonds additionnels furent nécessaires pour couvrir le coût de l'édition. Ce fut Torresani qui informa Fortiguerra en 1505 que le grec serait abandonné : et à la fin de l'année, John Cuno rapporta que le libraire menaçait de ne plus accepter de textes grecs pour la vente à moins que les coûts puissent être couverts de façon satisfaisante.

[COMMENTAIRE : De nouveau le sujet du coût est soulevé. Aussi, si ses "associés" désapprouvèrent la nature "spéculative" de la publication de ces textes grecs, alors en toute probabilité, ils ne furent pas ceux qui fournissaient à Alde les manuscrits grecs originels, particulièrement pas Torresani, qui par son emphase des sermons d'Origène, fut certes un Chrétien comme Alde.]

Des tensions comme celles-ci pourraient être maintenant décrites par une phrase-jargon telle "discorde au sein du conseil d'administration", et ce serait une erreur d'en gonfler le sens au point d'une crise. Nous avons seulement la version des humanistes et ils n'aimaient pas Torresani. Les problèmes furent presque sûrement vrais car l'industrie entière fut impliquée dans une récession profonde et certaines des publications les plus populaires d'Alde furent impitoyablement contrefaites et vendues moins chers dans des éditions de moindre qualité. Ce fut un temps pour surveiller sur les dépenses.

Alde dut aussi être dans un état d'incertitude personnelle pénible. Depuis quelques années il avait négocié pour une place à la Court impérial, et en 1505, ses espoirs semblèrent sur le bord de se réaliser car ses amis redoublèrent leurs efforts et Maximilien continua de faire un signe de la tête affablement. De grands projets ne semblaient pas appropriés. Il est extrêmement douteux qu'Alde, plutôt que ses amis intellectuels, eut entre-temps quelque problème sérieux avec Torresani. Cela est improbable par rapport à l'énorme influence d'Andrea dans la compagnie, et encore plus improbable vu le fait qu'Alde épousa Maria, la fille de son associé en janvier 1505. Des unions dynastiques de ce type furent une expression fréquente de la solidarité dans le monde de la publication : le syndicat de Jenson et de John de Cologne avait été riveté ensemble par certains d'entre eux, et le mariage d'Alde peut paraître plus sembler même plus calculé que d'ordinaire lorsque nous découvrons que, surpassant les clichés ou les proverbes, il fut réellement plus âgé que le père de Maria. Mais la différence d'âge ne semble pas avoir empêché l'union d'être heureuse et fructueuse.

Comme l'hiver de 1505 avança, les espoirs de patronage impérial diminuèrent et Alde se rapprocha de son partenaire et de son beau-père. A un moment qui ne peut pas être situé précisément mais qui probablement suivit bientôt après son mariage, Alde abandonna la maison dans Sant'Agostino et emménagea avec la famille de sa femme qui vivait près de San Paternian. Le 27 mai 1506, il fit son testament qui nomma Torresani comme exécuteur testamentaire et bénéficiaire principal : le jour suivant les deux partenaires signèrent un acte légal qui déclara toutes leurs propriétés et avoirs unifiés, allouant 4/5 du total à Andrea et 1/5 à Alde. Bientôt après cela, Alde quitta Venise sur une quête étendue pour des manuscrits partout en Lombardie, rencontrant l'aventure non-cherchée décrite au chapitre précédent mais élagissant considérablement le nombre de contacts influents. Naturellement, la presse fut inactive durant ce temps. Mais les clauses du testament et le but du voyage firent en sorte que les opérations devaient se poursuivre, l'association avec Torresani rendant improbable qu'un désaccord puisse avoir été autre que superficiel, et les 2,000 ou quelques ducats versés dans le testament suggèrent à peine que des difficultés économiques avaient atteint le point de crise. L'arrêt en 1506 fut presque sûrement un cas de retranchement planifié. Épuisé d'avoir nagé avec le dauphin durant dix ans, Alde s'accrochait à l'ancre pour un peu de repos.

Une des facteurs qui rendit cette interruption nécessaire fut presque certainement la menace de compétition injuste ou illégale, bien que la qualité floue et fragmentaire de la preuve obscurcisse les liens exacts. Nous avons déjà vu les pirates de presse qui diminue le temps et les dépenses de rédaction en se procurant des avants-copies d'autres ateliers, obsédant l'imagination des nombreux éditeurs qui firent application au Sénat vénitien pour la protection des droits d'auteur. Alde exerça sa grande influence au maximum pour défendre sa position. Au début même de sa carrière, il innova en demandant des privilèges pour ses caractères cursifs grecs plutôt que ses titres : il fit de même pour ses caractères italiques en mars 1502, et confirma les deux privilèges avec un décret sénatorial complet et une lettre ducale qui furent octroyés à l'automne de la même année. Autres que ces plus grandes défenses, il tenait en main les droits d'auteur vénitiens standards sur certains titres individuels y compris Ste Catherine de Siena, Les Poètes Chrétiens et le "Asolani" de Bembo. Comme si pour donner la touche finale à son portfolio, Alde eut la protection de ses caractères confirmée et prolongée par une bulle papale. Considérant la réputation que ces privilèges apporta au gouvernement vénitien comme corps averti, et l'influence politique qu'Alde pouvait commander, il semblait avoir été un des éditeurs les mieux protégés de son temps.

En fait, son expérience jète de graves doutes sur l'efficacité du système entier. Le cas de Gabriel de Brasichella, quand des privilèges opposants furent octroyés en faveur des caractères d'Alde et des titres de Gabriel, fait clairement allusion aux dangers qui se trouvent dans un manque de connaissance technique, l'absence de précédent légal et dans le nombre volumineux de droits d'auteur demandé. Quelle fut la définition "contrefaçon" ? Devait-elle ressembler à un original--dont la priorité devrait bien sûr être prouvée--dans tous les détails ou pouvait-elle être rendu acceptable par un changement de dimension, de caractère typographique, ou par l'introduction discrète de nouvelle matière ? Combien "similaire" devaient être des caractères typographiques similaires ? La situation dut être compliquée autant par ces incertitudes techniques que par les condamnations décroissantes de l'âge du manuscrit, que de copier le travail d'un autre homme fut plus une faveur qu'une blessure. ...

En 1503, il changea d'idée et publia un "Avertissement contre les typographes de Lyon", ce qui fut en réalité une tentative d'éliminer ses rivaux du marché en prévenant les clients de l'existence de ces versions forgées et indiquant les moyens de les distinguer des versions authentiques. Il nota les défauts dans le travail de presse : il critiqua la qualité du papier ; il énuméra les erreurs qui avaient été introduites. Dûment admonesté, les typographes de Lyon remodelèrent leurs caractères, corrigèrent leurs textes et publièrent de nouvelles éditions. Travaillant sur la plus large définition possible du terme "contrefaçon", Renouard énuméra soixante-quatre éditions piratées de textes aldins publiés à Lyon entre 1501 et 1527, la plupart par Barthélemy Troth et un immigré italien nommé Balthazar de Gabiano. Le total peut être subjectif, mais il la gravité de la menace ne peut être nier, ou l'échec des privilèges d'Alde de les empêcher.

[COMMENTAIRE : Ce serait intéressant de savoir s'il y eut ou s'il existe encore une "copie piratée" de Philostrate publiée à Lyon. C'est quelque chose que vous devriez enquérir. Soit dit en passant, Lowry utilise l'orthographe de Lyon avec le S ajouté, Lyons. Cela m'emmène au haut de la page 156. Tel que noté auparavant, les pages 144-145 et 150-151 sont discutées avec les tableaux qui énumèrent les divers livres en ordre chronologique. Le restant de ce chapitre traite de la dernière période de la vie d'Alde, pendant le temps de l'invasion française de Venise et des régions adjacentes, ses troubles financiers, son déménagement à Ferrara et ainsi de suite. Rien de cela n'est pertinent à notre recherche particulière. Toutefois, aux pages 162-163, nous trouvons un autre tableau, énumérant les publications aldines entre 1512 et 1515 (ci-dessous), et il contient 30 titres pour un grand total de 128 éditions, ce qui est très près du nombre total de 130 titres publiés par Alde, tel que déjà mentionné par Lowry. Cette liste inclut trois volumes additionnels de Rhetores Graeci, et pour la postérité, Alde publia enfin "Le Suda" de Suidas avant sa mort.]

1512

Lascaris, Grammaire, 274f 4° (G)
Chrysoloras, Grammaire, 148f 8° (G)
Cicero, Ep. Fam., 267f 8° (L)
César, Commentarii, 296f 8° (L)

1513

Rhetores Graeci : (G)
I, 99f fol.
II, 82f fol.
III, 134f fol.
Cicero, Ep. l'annonce Atticum, 331f 8° (L)
L'Opéra Platonis (G)
I, 251f fol.
II, 220f fol.
Alexandri Aphrodisiei Comm., 141f. le fol. (G)
Corne d'abondance Perotti, 359f. le fol. (L)
Pontani Urania, 255f 8° (L)
Tertius Catalogus, 5f fol. (L)
Pindari Carmina, 187f 8° (G)
Strozzorum Poemata (L)
I, 100f 8°,
II, 152f 8°,

1514

L'annonce Herennium, 245f 4° (L)
Le Catonis de Ré Rustica, 308f 4° (L)
Hesychii Dictionarium, 198f fol. (G)
Athenaei Dipnosophistae, 142f fol. (G)
Quintilian, 230f 4° (L)
Petrarch, vulgari Cose, 183f 8° (je)
Sannazaro Arcadia, 89f 8° (je)
L'Opéra Virgilii, 220f 8° (L)
Valerius Maximus, 216f 8°
(L) Aldi Grammatica, 214f 4°
(L) Suda, 391f fol. (G)

1515

Lucretius, 125f 8° (L)

[COMMENTAIRE : C'est tout pour aujourd'hui, M Hestiaus. Demain, je commence avec un nouveau chapitre à page 180. À Demain ! R.]