Dans cette enquête de la vie d'Apollonios, nous devons mettre l'accent sur le fait que Julia Domna vécut une grande partie de sa vie en Syrie, même comme impératrice de Rome, près du port de mer d'Antioche, en Turquie moderne. Cette région du Proche-Orient est très près de Tyane, le lieu de naissance d'Apollonios. De plus, nous ne pouvons que conclure que lorsque Julia Domna vit toutes les querelles parmi les diverses sectes chrétiennes à travers l'empire romain, elle savait, à partir de son histoire locale et de sa culture, que le vrai "Christ" ne venait pas de Palestine mais de la Cappadoce, la province immédiatement au nord de la sienne. Ceci fut sans doute une de ses motivations pour mandater Philostrate à rédiger la biographie d'Apollonios. Il n'y a pas d'autre conclusion à tirer. Elle voulait rétablir les faits, une fois pour toutes.
Nous pouvons aussi considérer comme significatif que son fils, l'empereur romain Caracalla, fit officiellement de la Cappadoce une "Colonie de Rome" pendant son règne, pendant que Julia Domna tenait encore les règnes du pouvoir administratif de l'Empire. Dans le temps, c'était un honneur, tout comme aujourd'hui lorsque nous désignions un emplacement historique comme "Patrimoine National." Cette reconnaissance de la Cappadoce a dû être, du moins en partie, l'exploit administratif et l'inspiration de l'impératrice philosophe Julia Domna.
Julia Domna, (décéda en 217), la deuxième épouse de l'empereur romain Septime Sévère (régna 193-211) fut un personnage puissant dans le règne de son successeur, l'empereur Caracalla.
Julia était syrienne (Domna étant son nom syrien) et la fille du haut prêtre héréditaire Bassianus à Émèse (maintenant Homs) en Syrie et la soeur aînée de Julia Maesa. À Rome, Domna rassembla autour d'elle un groupe de philosophes et autres intellectuels dont les activités sont le mieux connu à travers les écrits de Philostrate. Après la mort de Sévère, la rancune meurtrière de ses deux fils, les co-empereurs Caracalla et Geta, se termina par l'assassinat de Geta par Caracalla en sa présence (212). Quand Caracalla (régna 211-217) était au front, il la laissa en charge de la plupart de l'administration civile. À la nouvelle de son meurtre en 217, on dit qu'elle s'est fait mourir de faim, soit volontairement ou sur les ordres du nouvel empereur, Macrin (Marcus Opellius Macrinus).
Pour citer cette page :
"Julia Domna" Britannica Online.
http://www.eb.com:180/cgi-bin/g?DocF=micro/307/90.html
[Accédée le 7 février 1998]
L'information provient textuellement de : A Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, Vol. I, pp. 1063-64, by Professor William Smith & Others, London, 1890.
DOMNA, JULIA, fille de Bassianus, épouse de l'empereur Septime Sévère, mère de Caracalla et Geta, grand-tante d'Élagabal (Marcus Aurelius Antoninus) et Alexandre.
Né de parents obscurs à Émèse, elle attira l'attention de son futur mari longtemps avant son ascension au trône, en conséquence, nous dit-on, d'une prédiction astrologique qui déclara qu'elle était destinée pour être l'épouse d'un souverain. Ayant déjà des espoirs ambitieux et ayant une confiance implicite en l'infaillibilité d'un art qu'il connaissait bien, Sévère, après la mort de Marcia, épousa l'humble demoiselle syrienne sans autre dot que son horoscope.
Il existe une controverse parmi les chroniqueurs quant à la période à laquelle cette union eut lieu, puisque les comptes rendus des autorités anciennes sont contradictoires et irréconciliables. Suivant Dion Cassius comme guide le plus sûr, nous concluons qu'elle n'aurait pas pu avoir été célébrée plus tard que 175 A.D., car il écrit que le divan de mariage était situé dans le temple de Vénus, contigu au palatium, par l'impératrice Faustina qui, cette année là, quitta Rome pour joindre Marc Aurèle dans l'Est et n'y revint jamais.
Julia, étant doté d'un puissant intellect et avec une grande mesure de la ruse adroite pour laquelle ses campagnardes étaient tant célébrées, exerça continuellement une grande influence sur son mari superstitieux, le persuada de prendre les armes contre Pescennius Niger et Clodius (Publius Appius), le dirigeant ainsi droit au trône, et, après que la prophétie a été complètement accomplie, maintint son autorité intacte jusqu'à la fin.
À un certain moment, lorsque affligé par l'inimitié du tout-puissant Plaute (Maccius Plautus), on dit qu'elle consacra son temps presque exclusivement à la philosophie. Selon son mandat, Philostrate entreprit de rédiger la vie d'Apollonios de Tyane, et souvent, elle passait des journées entières entourer par des troupes de grammairiens, de rhétoriciens et de sophistes.
Mais si elle étudia la sagesse, elle ne pratiqua certainement pas la vertu, car sa prodigalité était un sujet de notoriété et de reproche et on dit qu'elle a même conspiré contre la vie de son mari, qui par gratitude, faiblesse, peur ou indifférence, tolérait sans mots dire ses énormités.
Après sa mort, son influence devint plus grand que jamais, et Caracalla confia les affaires les plus importantes de l'État à son administration. En même temps, elle ne posséda aucun contrôle sur les passions les plus sinistres de ce dernier, car il est bien connu qu'il assassina son propre frère, Geta, dans les bras de sa mère, et lorsqu'elle osa chagriner la mort de son enfant, le meurtrier s'est à peine retenu de tourner aussi le poignard contre sa mère.
Apprenant le succès de la rébellion de Macrin (Marcus Opellius Macrinus), Julia résolut d'abord de ne pas subsister la perte de son fils et de ses dignités, mais, ayant été traité avec bonté par le conquérant, elle créa de nouvelles attentes pendant quelque temps. Cependant, ses faits et gestes causèrent le soupçon qu'elle manipulait les troupes ; elle fut immédiatement forcée de quitter Antioche, et, revenant à sa résidence antérieure, elle s'est abstenue de nourriture et périt en 217 A.D.
Son corps fut transporté à Rome et déposé dans le sépulcre de Caius et Lucius César, mais enlevé par la suite par sa soeur, Maesa, avec les ossements de Geta, au cimetière des Antonins.
Il n'y a que peu de doute que Domna était son vrai nom syrien, analogue aux désignations de Maesa, Soaemias et Mammaea, portés par les autres membres de la même famille. L'idée qu'il devrait être considéré comme contraction du mot "domina" et fut utilisé parce que ce dernier aurait été choquant aux oreilles romaines, exige à peine d'être réfutée.
Une accusation de la pire sorte fut apportée contre cette princesse par quelques historiens anciens. Spartianus et Aurelius Victor affirment clairement que Julia avait eu non seulement une affaire incestueuse avec Caracalla, mais qu'ils étaient unis en mariage : l'histoire est aussi répétée par Eutropius et Orose, tandis que Hérodote fait allusion à un tel rapport quand il raconte qu'elle était surnommée Jocaste par la tourbe dévergondée d'Alexandrie.
Sur ce sujet, le silence de Dion Cassius, qui était non seulement vivant mais occupait un poste public proéminent pendant le règne entier, est une raison suffisante pour rejeter cette histoire. Il est absolument impossible qu'il ait pût être ignorant d'une telle rumeur si elle circulait réellement, et il est également certain, selon l'accent de sa narration, qu'il ne l'aurait pas supprimé si celle-ci avait été moindrement vraie.
Par ailleurs, les pièces justificatives de ce fait sont en soi totalement dépourvues d'autorité sur tous les points qui admettent le doute ou la controverse, et dans le cas présent, ils étaient si mal renseignés jusqu'à supposer que Julia n'était seulement que la belle-mère de Caracalla.
[Note : Dans ce même ensemble de dictionnaires par le professeur Smith et ses collègues, nous trouvons l'information suivante sur la vie de Caracalla. Citation.]
Sans cesse en activité et voyageant de pays en pays, il [Caracalla] chercha à noyer le souvenir de sa culpabilité passée par de nouvelles énormités. En succession, il visita la Gaule, l'Allemagne, la Dacie, la Thrace, l'Asie, la Syrie, et l'Égypte et ils furent, l'un après l'autre, la scène d'atrocités variées et gênantes. Son séjour à Alexandrie fut marqué par une tuerie générale des habitants pour venger certaines plaisanteries sarcastiques contre lui et sa mère ; et le nombre de morts étaient si grand que personne n'osait en faire le compte, mais des ordres furent donnés de jeter à l'instant les corps dans des tranchées profondes, pour que l'ampleur de la calamité puisse être effectivement dissimulée.
[Note : Fin de la citation. Cette histoire est sans doute une allusion aux rumeurs circulant à Alexandrie que lui et sa mère, Julia Domna, prenaient part à un rapport sexuel illicite et incestueux. Cependant, pour les fins de ce livre, l'existence possible d'un tel rapport est sans importance.]
