Apollonios le Nazaréen

Partie 8

Sa Visite chez les Gymnosophistes

Par Dr. R. W. Bernard, B.A., M.A., Ph.D. (1964)

*

Nous arrivons maintenant à la visite d'Apollonios chez les "Gymnosophistes" de la Haute Égypte, que Damis appelle les "philosophes égyptiens nus," bien que selon Mead, le mot "nu" signifie probablement "légèrement vêtu." Qu'ils aient pu être originairement des missionnaires bouddhistes qui voyagèrent vers l'Ouest est indiqué par une déclaration d'un des plus jeunes membres de la communauté qui la laissa pour suivre Apollonios. Il racontait qu'il était venu joindre la communauté par rapport au compte-rendu enthousiaste de son père qui lui avait dit que ces "Éthiopiens" venaient de l'Inde ; ainsi, il s'était joint à eux au lieu de faire le long et périlleux voyage à l'Indus à la recherche de la sagesse. Si cela est vrai, ces Gymnosophistes devaient être originairement des missionnaires bouddhistes qui avaient voyagé vers l'Ouest, s'établissant en Égypte, recrutant des membres chez les Égyptiens, les Arabes et les Éthiopiens et, avec le passage du temps, oublièrent leur origine. Cela explique la grande ressemblance des doctrines des Gymnosophistes, des Esséniens et des Thérapeutes à celles des Bouddhistes, autre que l'importation directe des enseignements bouddhistes par Pythagore et Apollonios. *

(*Voir les livres d'Arthur Lillie, "Buddhism in Christianity" et "India in Primitive Christianity," pour des détails sur la contribution des missionnaires bouddhistes en Palestine, en Égypte, en Syrie et en Asie Mineure, à la formation des premières communautés d'Esséniens, de Thérapeutes et de Nazaréens dans ces régions qui, plus tard, devinrent la base sur laquelle le Christianisme fut élevé. Un grand nombre de volumes dans la Bibliothèque d'Alexandrie furent également d'origine Bouddhiste.)

Selon Mead, les Gymnosophistes furent vraiment une secte d'Esséniens avancés ou des Thérapeutes, tel que décrit par Philon dans "Sur la Vie Contemplative." La description que Philon donne de la communauté de Thérapeutes qu'il visita sur le rivage du Lac Maréotis près d'Alexandrie, correspond de très près avec celle de Damis de la communauté des Gymnosophistes en Haute Égypte. Les deux démontrent les signes indubitables suivants de l'influence et de l'origine bouddhiste :

1 -- Dans les deux cas, les membres donnèrent toutes leurs possessions avant de joindre la communauté.

2 -- Il y avait une période de noviciat et une initiation dans l'ordre.

3 -- L'abstinence de viande et de vin était obligatoire.

4 -- Les deux pratiquaient l'art de la guérison.

5 -- Les deux suivirent la règle de la communauté des biens.

6 -- Les deux prirent des serments de chasteté et de pauvreté.

7 -- Les deux adoptèrent et élevèrent les enfants des étrangers et les orphelins.

En effet, la communauté des Gymnosophistes qu'Apollonios visita aurait pu être une des communautés des Thérapeutes décrit par Philon, laquelle il visita à la même période.

Selon Mead, cette communauté de Gymnosophistes fut d'origine bouddhiste, ayant été établi par des moines bouddhistes. L'origine des doctrines des Esséniens et des Thérapeutes fut retracée par quelques missionnaires bouddhistes envoyés par Ashoka, l'empereur bouddhiste de l'Inde, vers le milieu du troisième siècle avant J.-C. en Syrie, en Égypte, en Macédoine et les parties de l'Asie Mineure où des communautés esséniennes vinrent à exister par la suite. Bien qu'il soit possible que ces communautés aient pu exister auparavant et avoir été d'origine orphique et pythagoricienne, il est probable que ces missionnaires bouddhistes y trouvèrent un auditoire impressionnable.

Mead écrit, "Tel que certains attribueraient la constitution des communautés des Esséniens et des Thérapeutes à l'influence pythagoricienne, d'autres attribueraient leur origine à la propagande bouddhiste ; et non seulement traceraient-ils cette influence aux doctrines et aux pratiques esséniennes, mais ils référent même les enseignements généraux au sujet du Christ à une source bouddhiste dans un cadre juif monothéiste. De plus, certains diraient que deux siècles avant le contact direct de la Grèce avec l'Inde, provoqué par les conquêtes d'Alexandre -- l'Inde, à travers Pythagore, influença grandement et de façon permanente toute la pensée grecque subséquente."

À la frontière entre l'Égypte et l'Éthiopie, Apollonios fit l'éloge d'un adolescent égyptien, Timasio, pour sa chasteté, le voyant comme ayant plus de mérite qu'Hippolyte, parce qu'en vivant chastement, il ne parle ou ne pense pas à la divinité d'Aphrodite [énergies reproductrices] autrement qu'avec respect.

Lorsque les philosophes gymnosophistes demandèrent à Apollonios de leur expliquer sa sagesse, il répondit humblement que Pythagore en était l'auteur, bien qu'il l'ait dérivé des Brahmanes. Cette sagesse, ajouta-t-il, lui avait parlé dans sa jeunesse, disant :

"Pour les sens, jeune homme, je n'ai pas d'attrait ; ma tasse est remplie de labeurs jusqu'au bord. Si quelqu'un choisit mon mode de vie, il doit résoudre de bannir de sa table toute nourriture qui avait déjà eut la vie animée, de perdre la mémoire du vin et donc, ne plus porté un toast avec la tasse à la sagesse -- la tasse qui contient le vin représentant les âmes fraîches. La laine ne le réchauffera pas, ni quoique ce soit qui provient d'une bête. Je donne à mes serviteurs des chaussures de liber ; et ils dorment comme ils peuvent. Et si je les trouve dominer par les joies de l'amour [convoitise], je suis prêt à les jeter dans des fosses dans laquelle la justice qui suit la sagesse les poursuivra ; en effet, je suis si sévère avec ceux qui choisissent mon mode de vie que je lie même leur langue par une chaîne.

"Un sens inné de droiture et de bien, et de ne jamais ressentir que le sort de quiconque est meilleur que le vôtre ; des tyrans frappant avec la peur au lieu d'être un esclave effrayé de la tyrannie ; et les Dieux bénissent d'autant plus leurs petites offrandes que ceux qui versent devant eux le sang des taureaux. Si vous êtes pur, je vous donnerai aussi la connaissance de l'avenir et je remplirai vos yeux si plein de Lumière que vous pourriez reconnaître les Dieux que les héros connaissent, et tester et affliger les formes ombragées qui feignent les configurations des hommes."

En adressant ainsi les Gymnosophistes, Apollonios parla à des philosophes qui vivaient comme lui, car ces sages égyptiens ne mangeaient aucune nourriture d'origine animale, étant de stricts végétariens comme les sages Brahmanes des Himalaya, les sages de l'Est qu'il avait déjà visité.

Un dialogue socratique fort intéressant eut lieu entre Thespésion, le père supérieur de la communauté des Gymnosophistes, et Apollonios sur les mérites comparatifs des manières grecques et égyptiennes de représenter les dieux. Se renseignant auprès d'Apollonios à savoir si Phidias et Praxitèle étaient montés au ciel pour prendre l'empreinte des formes des dieux afin de les reproduire dans la matière, Apollonios répondit que l'imagination est la vision de plus hautes réalités ou les archétypes divins des choses, et que chaque homme possède son Moi Supérieur -- son ange de beauté divine qui, comme les dieux, habite un monde céleste.

Il conclut que les sculpteurs grecs réussirent à reproduire ces plus hautes réalités, celles que Pythagore et Platon considérèrent être les vrais êtres des choses. Apollonios dit, "L'Imagination est beaucoup plus sage que l'imitation ; car l'imitation ne fait que ce qui a déjà été vu, alors que l'imagination produit ce qui n'a jamais été vu, le concevant en référence à la chose qu'elle est vraiment. L'imagination est une des facultés les plus puissantes, car elle nous permet d'atteindre les réalités de plus près."

Sur ce, Thespésion affirma au contraire que les Égyptiens n'osèrent pas donner de forme précise aux dieux ; ils ne les représentèrent que par des symboles auxquels était affixée une signification occulte. Ainsi commença la représentation des dieux à travers les différentes formes animales.

A cela Apollonios répondit que le danger est que les gens communs pourraient adorer ces symboles et se créer des fausses idées des dieux. La meilleure chose serait que l'adorateur se conforme et se façonne pour lui-même une image de l'objet de sa vénération sans représentation extérieure ou idole. *

(*Concernant ce dialogue, Mead commente comme suit : "Apollonios, un prêtre d'une religion universelle, aurait pu signaler le bon et le mauvais côté des arts religieux grecs et égyptiens et, enseigna sûrement la meilleure voie de la vénération sans symbole, mais il ne soutiendrait pas un culte populaire contre un autre." [Mead : Apollonius of Tyana])

À son retour d'Égypte, Apollonios donna son approbation à la conduite de Titus après qu'il prit Jérusalem, en refusant d'accepter une couronne des nations avoisinantes. Titus, étant alors associé avec son père dans le gouvernement, invita Apollonios à Argos et le consulta quant à son futur comportement de souverain. Apollonios dit qu'il lui enverrait un conseiller, son compagnon, Démétrios le Cynique, et bien que Titus trouva le nom Cynique désagréable, il acquiesça de bonne grâce. Une autre fois, il consulta Apollonios sur son destin en privé.

Bien qu'ils aient les meilleurs intellects de l'Empire romain à leur disposition, l'empereur Vespasien et son fils Titus préférèrent consulter Apollonios pour des conseils à propos de la gestion de leur empire. Dans sa dernière lettre à Titus, Vespasien confesse qu'ils étaient ce qu'ils étaient grâce au bon conseil d'Apollonios. *

(*Apollonios était plus sage que la plupart des hommes parce qu'il puisa sa sagesse d'une plus haute source, des dieux ; cela fut exprimé dans un mot par Apollonios dans sa réponse au Consul Télésine, qui lui demanda, "Et quelle est votre sagesse ?" "Une inspiration," répondit le sage.)

À une occasion, Vespasien voyagea de Rome en Égypte pour demander conseil à Apollonios en matières politiques. Il trouva le sage assis dans un temple. L'approchant et s'excusant pour son intrusion, l'empereur, un admirateur passionné du philosophe, dit, "Vous avez la plus grande perspicacité de la volonté des dieux et je ne souhaite pas troubler les dieux contre leur volonté."

Lors de cette rencontre, Apollonios donna à son visiteur imposant un bel exemple de ses pouvoirs prophétiques et clairvoyants. Il dit, "O Zeus, cet homme qui est debout devant vous est destiné à reconstruire le temple que les mains des malfaiteurs ont incendié." Au moment même, le temple à Rome était en flammes, un fait qui fut plus tard confirmé par Vespasien.


ALLER À LA PARTIE 9

ALLER AU CONTENU DE BERNARD

ALLER AU CONTENU D'APOLLONIOS

*