Quand les trois Mages de Chaldée approchaient Bethléem, selon la légende, lors d'une nuit quand l'étoile célèbre est supposée avoir paru sur l'horizon de l'est, un enfant est né dans la petite ville de Tyane, dans la Cappadoce, qui était destiné à changer le cours de l'histoire humaine pendant deux mille ans -- même si après son passage, comme l'Oracle de Delphes le prédit, son nom serait calomnié et un remplaçant fictif serait mis à sa place.
Les gens du pays disaient qu'il était le fils de Zeus ; d'autres l'appelaient un fils d'Apollon ; tandis que d'autres le considéraient comme une incarnation de Protée, le Dieu de la Sagesse qui, avant sa naissance, apparut à sa mère et lui dit qu'elle porterait un enfant qui serait une incarnation de lui-même.
Apollonios est né en l'an 4 avant J.-C., l'année reconnue de la naissance du Christ. Sa naissance, comme sa conception, fut miraculeuse. Juste avant sa naissance, sa mère marchait dans une prairie où elle s'allongea sur l'herbe et s'endormit. À la fin d'un long vol, quelques cygnes sauvages l'approchèrent et par leurs cries et le battement de leurs ailes, l'éveillèrent si soudainement que son enfant est né avant terme. Apparemment, les cygnes prévinrent et marquèrent par leur présence le fait que ce jour naisse un être dont l'âme serait aussi blanche que leur propre plumage et qui, comme eux, seraient un vagabond glorieux.
Apollonios est né avec trois talents : ceux de l'intelligence, de la beauté et de la richesse. Son père était un des hommes les plus riches de la province et son enfance fut passée dans le luxe. La renommée de son intelligence et de sa beauté grandit tellement que l'expression, "Où vas-tu ? Voir le jeune homme ?" devint un proverbe dans la Cappadoce.
À quatorze ans, son père l'envoya à Tarse pour compléter son éducation qui jusqu'alors, avait été dirigée à la maison par des professeurs privés. Tarse était une ville de plaisir aussi bien que d'étude, et la vie était confortable et luxueuse pour un jeune homme riche. Sur les rives du Cydnus, le long des avenues bordées d'orangers, les étudiants de philosophie s'assemblaient pour discuter des théories de Pythagore et de Platon avec les jeunes femmes en tuniques colorées fendues jusqu'à la taille et portant de hauts peignes à cheveux égyptiens de formes triangulaires. Le climat était chaud, les moeurs libérées et l'amour facile, mais le jeune Apollonios ne fut pas emporté, manifestant à ce jeune âge la même chasteté inviolée qu'il conserva durant sa longue vie d'au-delà d'un siècle, malgré le fait qu'il fut un des hommes les plus beaux de son temps.
Dès sa quatorzième année, Apollonios reconnut l'existence de deux voies divergentes : une qui menait à une vie de plaisir et d'amour, et l'autre, à la philosophie et à la sagesse ; il choisit le deuxième. *
(* Shirley dit qu'Apollonios "choisit la voie de la sainteté à un moment dans sa vie quand d'autres choisirent la voie de velours de badinage. ... La Terre ne contient aucun record d'une longue vie vécut aussi noblement, d'un courage plus intrépide en affrontant le tyran, d'une plus impassible ténacité de but, d'un dévouement plus résolu à un haut idéalisme". Tout en vivant une vie ascétique, Apollonios chercha à faire de Vénus la déesse de l'amour pur, libre de convoitise charnelle, plutôt que détruire sa statue comme le firent plus tard les Chrétiens.)
Il décida à la suite de mener la vie pythagoricienne. Quand son professeur de philosophie pythagoricienne, Euxène, lui demanda comment il commencerait son nouveau mode de vie, il répondit, "Comme les docteurs purgent leurs malades.". "Désormais," dit Mead dans sa biographie, "il refusa de manger quoique ce soi qui avait la vie animale, puisque cela alourdissait l'esprit et la rendait impur. Il considéra que la seule forme pure de nourriture provenait de la terre -- les fruits et les légumes. * Il s'abstint aussi de vin, et bien qu'il provienne de fruits, il rendait turbide l'éther dans l'âme et détruisait le calme de l'esprit."
(* À propos du végétarisme d'Apollonios, Phillimore, dans son livre "In Honor of Apollonius of Tyana" écrit : "Un homme appelé Apollonios est né à Tyane à une date connue, probablement pendant le règne de Tibère. Les persécutions qui rendirent dangereux pour Sénèque à Rome de poursuivre son expérience dans le végétarisme ne s'étendirent pas à la Cilicie, et Apollonios s'intoxiqua lui-même au Néo-pythagorisme [végétarisme]. De la formation humaniste ordinaire d'un sophiste, il semble être passé à la discipline ascétique d'une secte qui entrait encore en vogue comme l'empire romain commençait à subir l'influence de l'Orient. Cette secte, originairement orientale, atteignit par la suite son plus grand succès parmi les aristocraties coloniales décadentes du Sud de l'Italie. La théosophie indienne, une science naturelle principalement tirée des autorités stoïques, le ritualisme ancien de certains cultes grecs, une grande abondance de sentiment moral, l'ascétisme qui apparaît d'habitude aux temps que les globules blancs prédominent dans le corps politique de toute civilisation -- le végétarisme, la tempérance, etc. -- tels paraissent avoir été les ingrédients principaux de la religion d'Apollonios.'")
Trouvant la moralité de Tarse déplaisante, Apollonios résolut d'élire résidence à Égée qui posséda un temple d'Asclépios dont les prêtres furent des philosophes de l'école pythagoricienne. Ils furent si célèbres pour leur pouvoir de guérisseurs que les gens venaient à leur temple de la Grèce, de la Syrie et même d'Alexandrie pour les consulter. Les prêtres de ce temple de cure d'Égée guérissaient la maladie par un régime végétarien, de l'hydrothérapie, le jeûne et le magnétisme ("l'imposition des mains," un art qu'Apollonios apprit d'eux). Ils furent les héritiers d'une ancienne tradition thérapeutique orale qui provenait des mystères orphiques, le secret desquels fut protégé jalousement par le disciple qui le recevait. Apollonios fut initié par ses prêtres et bientôt, il excellait ses maîtres.
Concernant la vie d'Apollonios au temple d'Égée, Stobart écrit : "Des cures merveilleuses furent attribuées à Apollonios, puisque, comme son grand maître, Pythagore, il considéra la guérison le plus important des arts divins ; et, de plus, sous sa direction, le temple devint aussi un centre de philosophie et de science religieuse. Son but fut de purifier le culte du temple et de réformer l'ancienne religion grecque de l'intérieur, en révisant, selon les préceptes pythagoriciens, la compréhension des vérités spirituelles qui furent à la base des mystères ésotériques." *
(* En ce temps, l'école de Pythagore forma un ordre secret qui avait plusieurs degrés d'initiation, et les membres se reconnaissant l'un l'autre par certains signes et symboles pour que la doctrine reste inintelligible aux profanes. On y étudia la musique, la géométrie et l'astronomie, pas comme elles sont maintenant mais plutôt comme discipline pour préparer l'esprit à l'éveil des facilités de perception spirituelles super sensorielles. Le but de l'enseignement pythagoricien fut la régénération physique, mentale et spirituelle que Pythagore fonda sur une alimentation végétarienne et la chasteté. Les membres de l'ordre pythagoricien protégeaient avec tant de soin leurs doctrines secrètes que la pythagoricienne Timycha coupa sa langue plutôt que de révéler à Dionysos l'Aîné la raison pour la prohibition des fèves dans les règlements de la communauté.)
[Note : Nous sommes étonnés au sujet de la prohibition des fèves dans les règlements pythagoriciens, une doctrine si secrète que Timycha couperait sa langue plutôt que de la révéler à Dionysus l'Aîné. Certes, la flatulence n'était pas la seule raison de cette prohibition.]
Apollonios élut résidence au temple d'Asclépios à Égée en compagnie des prêtres manifestant un vif désir d'acquérir leur connaissance secrète et, il avait un talent étonnant pour la guérison et la voyance. Et, selon la coutume pythagoricienne, il laissa ses cheveux allongés, s'abstint de la chair des animaux et de vin ; il marcha pieds nus ou avec des sandales d'écorce et se vêtit que de lin blanc, éliminant tout ce qui était fait de cuir, de laine ou toute autre matière animale.
À l'âge de seize ans, il résolut de s'abstenir à jamais du mariage et des relations sexuelles, ce qu'il respecta pendant sa longue vie d'au-delà d'un siècle, surpassant ainsi Pythagore, Socrate, Bouddha et Confucius, puisque bien qu'ils se marièrent, Apollonios conserva un degré de virginité connu seulement par les vierges vestales et les prêtresses de Pythie. Apollonios attribua cette chasteté immaculée à son régime pythagoricien de végétarisme bas en protéines et son abstention d'alcool et d'autres excitants, selon les enseignements de Pythagore, qui interdisait même des protéines de légumineuses tel que les fèves, pour cette raison.
À propos de la vie d'Apollonios à cet âge, W. B. Wallace écrit :
"Désormais, Apollonios abjura tous les plaisirs des sens. Un végétarien et un abstinent total dans la signification moderne du terme, le moine dévoué de la philosophie adopta et pratiqua plus rigidement que tout ermite du Thébaïde la triple règle de la pauvreté, la chasteté et l'obéissance. * Ce natif originaire d'un climat chaud et exubérant dont les gens furent complètement donnés au bavardage indolent et aux plaisirs sybaritiques de toutes sortes, était vêtu d'une simple toge de byssus blanc, selon la mode d'Empédocle, à qui il ressemblait en plusieurs points, dormant sur la terre, marchant pieds nus comme Socrate, et -- l'épreuve la plus difficile de tout pour un causeur grec asiatique -- observant le silence pythagoricien durant cinq ans."
(* Concernant la résolution du jeune Apollonios à mener une vie pythagoricienne, son biographe, Philostrate, écrit : "Jamais il ne se vêtit de ce qui provenait d'une bête morte, ni mangea une bouchée d'une chose qui eut la vie, ni l'offrit en sacrifice ; ni tacha les autels de sang ; mais des gâteaux de miel et de l'encens, et le service de sa chanson monta de lui aux Dieux [des intelligences spirituelles de plus hautes dimensions] car il savait qu'ils accepteraient de tels cadeaux beaucoup plus que les boeufs par centaines passés par le couteau. Car, en vérité, il conversait avec les Dieux et apprit d'eux ce qui les plaisaient et les déplaisaient des hommes, et de là, puisa sa nature et sa science. Il disait que les autres hommes devinèrent les choses divines et avaient des opinions sur les Dieux qui se prouvèrent fausses l'un envers l'autre ; mais Apollon vint à lui sans déguisement ainsi qu'Athéna et les Muses, et d'autres Dieux [des souverains spirituels ou des Seigneurs des dimensions spirituelles intérieures, [astrale, mentale et causale] dont les natures et les noms n'étaient pas encore connus des hommes.
("Ainsi passa le 'lehr-jare' d'Apollonios et dans l'apogée même de sa jeunesse, la chair fut subjuguée à l'esprit. Il est certain que nulle sauf une âme élevée, favorisée d'une vision du Suprême rarement accordé à quelqu'un, n'aurait pu volontairement embrasser une telle vie de dureté. Jamais permit-il à l'ascétisme de dégénérer en misanthropie. Une source perpétuelle de joie semblait pétiller dans son âme. Il avait un air souriant et un oeil étincelant ; sa mine et son aspect étaient frappant, digne et divin ; sa nature était bonne et compatissante ; il aimait la compagnie de ses associés et la rencontre d'esprit à esprit ; il était un maître dans l'art de la repartie et un inventeur ingénieux de 'bons mots,' desquels Philostrate en conserva plusieurs exemples".)
[Note : La citation précitée est insérée dans la narration du Dr. Bernard telle que démontrée dans les parenthèses ci-dessus, sans détails additionnels.]
À Égée, Apollonios entreprit l'étude de la philosophie pythagoricienne, étant le système qui lui plaisait le plus, sous un professeur nommé Euxène, qui, cependant, se prouva décevant, puisqu'il répétait comme un perroquet les doctrines de Pythagore sans les mettre en pratique dans sa propre vie, car il était en soi matérialiste. Ainsi, se sentant désabuser, Apollonios le laissa -- néanmoins le récompensant en lui achetant une villa entourée de jardins à l'extérieur d'Égée, et lui donnant l'argent nécessaire pour ses domestiques, ses soupers et ses amis pauvres.
Apollonios s'imposa alors un silence d'une durée de cinq ans, ce qui fut considéré nécessaire pour accomplir la dernière initiation pythagoricienne. À ce temps, il était devenu célèbre, faisant un grand nombre de prophéties qui se sont concrétisées ; et pendant qu'il fut au milieu de cette période de silence, il étouffa une rébellion par sa seule présence, sans parler un mot. Ce tumulte fut causé par une famine à Aspendus en Pamphylie où les gens allaient brûler le préfet, même s'il avait pris refuge près d'une statue de l'Empereur. (Et à ce temps qui était le règne de Tibère, les statues de l'empereur étaient plus importantes et inviolables que celle de l'olympien Zeus.) Le préfet, étant questionné par des signes, protesta son innocence et accusa certains citoyens puissants qui refusaient de vendre du maïs en le retenant pour exporter à profit. Apollonios adressa une note à ceux-ci qui menaçait "l'expulsion de la Terre, qui est la mère de tous, car elle est juste, mais eux qui sont injustes, en ont fait leur mère à eux seuls." Ayant peur de cette menace, ils cédèrent et remplirent le marché de maïs.
