Considérons maintenant quelques-uns des points essentiels de ressemblance entre les biographies d'Apollonios et de Jésus. Avant sa naissance, la venue d'Apollonios a été précédée par une Annonciation, sa venue ayant été annoncé à sa mère par un Archange. Il est né de la même manière mystérieuse en la même année que Jésus est supposé être né (l'an 4 avant J.-C.). Comme ce dernier, dans son enfance, il afficha une précocité prodigieuse en matières religieuses ; ensuite, il eût une période de préparation ; puis, vint une période d'activité publique et positive ; plus tard, une passion ; aussi, une sorte de résurrection; et enfin, une ascension.
Les messagers d'Apollon ont chanté à sa naissance comme les anges à celle de Jésus. Pourtant toujours engagé à faire le bien, il fut aussi exposé aux attaques de ses ennemis. De la même manière, il alla d'une place à l'autre oeuvrant pour la réforme, étant accompagné par ses disciples favoris, parmi lesquels le mécontentement, le découragement et la traîtrise firent également leur apparence. Et quand le danger était présent, malgré les conseils prudents de ses amis, et l'abandon de ses disciples, il se rendit à Rome où Domitien, le cruel empereur, cherchait à le tuer, comme Jésus qui alla à Jérusalem et à une mort certaine. Et avant cet événement, il avait été victime du prédécesseur non pas moins cruel de Domitien, Néron, comme Jésus avait été exposé aux machinations d'Hérode Antipas. Comme Jésus, puisqu'il ressentait la pitié, il est accusé de produire des miracles à travers la magie et les arts illégaux, alors qu'il les réussit seulement parce qu'il était un ami des dieux et digne d'être estimé comme tel. Comme Jésus sur la route de Damas, il remplit un ennemi déclaré de consternation émerveillée en lui apparaissant quelques années après sa résurrection et son ascension.
Une autre ressemblance remarquable entre Apollonios et Jésus était le grand nombre de cas de mauvais esprits qui ont été conjurés. Il leur parle avec autorité, comme cela a été dit de Jésus. Le jeune homme d'Athènes qui était possédé, à travers lequel le diable poussa des cris de peur et de rage, et qui ne pouvait pas affronter le regard d'Apollonios, nous rappelle la narration de l'Évangile du démoniaque de Gadère. Ni l'un ni l'autre fut guéri jusqu'à quelque circonstance visible extérieure eût lieu donnant raison de croire que le diable était vraiment sorti. Dans un cas, un troupeau de porc se jeta dans le lac, et dans l'autre, une statue se renverse par la violence du mauvais esprit qui se dépêche de sortir du jeune homme.
Dans la biographie d'Apollonios, on mentionne aussi un autre cas de possession très semblable à celui de l'enfant épileptique dans les trois Évangiles. À Rome, Apollonios restaura une jeune fille à la vie sous des circonstances qui nous rappellent immédiatement le retour à la vie de la fille de Jaire. De plus, on peut faire la remarque que les deux histoires sont ainsi enregistrées qu'une critique prudente pourrait se demander dans chacun de ces cas, si la jeune fille qui revint à la vie avait, après tout, vraiment été morte. Les boiteux, les aveugles et les timides vinrent en foule pour être guéri par l'imposition des mains d'Iarchas, le chef des sages Brahmanes des Himalaya, qu'Apollonios visita et sous lequel, il étudia et dériva sa connaissance et son pouvoir.
Son apparition miraculeuse à ses amis Damis et Démétrios, qui pensaient en premier lieu voir un esprit, nous rappelle, de la manière que cela a été raconté, la résurrection de Jésus après sa mort.
La description inspirante suivante du personnage d'Apollonios, semblable à celle du Christ, est donnée par Campbell dans son livre "Apollonius of Tyana."
"Un personnage étrange et distinctif, revêtu de lin blanc et non de vêtements fabriqués de peaux ; des pieds sans sandales et les cheveux longs ; austère, réservé et de maigre contenance ; avec les yeux fixés vers le sol comme en était sa manière, Apollonios de Tyane attira à lui, avec l'attraction d'un saint, tous les simples gens, et malgré tout, était intime avec les Empereurs de Rome.
"A travers son amour pour toute forme de vie et son appréciation de la beauté de la forme humaine, il alla au-delà des souffrances du corps et devint informé avec les souffrances de l'âme. Il chercha à guérir ou du moins à soulager quelques-unes des détresses physiques et spirituelles de l'humanité indigente ; et dans les arts curatifs de son jour, il atteint à un tel degré d'adresse que même les oracles sacrés d'Égée et de Delphes le prononcèrent plus que mortel, lui référèrent pour soulagement, les corps malades et les âmes affligées sachant que sa seule présence émanait une vertu particulière, une influence favorable, un pouvoir tel la théurgie.
"À travers des années de silence et de contemplation, de voyages lointains et d'expériences spirituelles et mondaines continues, il approfondit, non à la moindre limite, une personnalité originairement puissante et intense, et ainsi, il devint l'admiration non seulement de tous les pays qu'il traversa, mais de tout le monde romain et hellénique. Les villes lui envoyèrent des ambassadeurs lui décrétant des faveurs ; les monarques lui conférèrent des dignités spéciales, le rendant digne d'être leur conseiller ; l'encens était brûlé devant ses autels ; et après sa mort, des honneurs divins furent rendus à ses statues qui avaient été élevées, avec beaucoup d'enthousiasme, dans tous les temples des dieux. Et, sa célébrité ne diminua pas. Continuellement à travers les âges, son nom porta en lui quelque chose d'un ouragan ; puisque les critiques anciens et contemporains crussent trouver en la vie de ce personnage exceptionnel une comparaison à la vie du Christ, et d'en former un argument contre les revendications surnaturelles du Fils de l'Homme.
"Désormais, durant des siècles, même le nom d'Apollonios était odieux aux Chrétiens ; car il semblait que l'Évangile même du Fils de l'Homme était en jeu. Pour leur part, les apologistes chrétiens, en défense, ne manquaient pas d'attaquer violemment le champion de leurs adversaires et de le dénoncer comme non mieux qu'un imposteur, un sorcier et un magicien ; sur ces points en particuliers, ils n'arrivèrent pas généralement à comprendre l'homme. Du moins dans leur approche combative à son sujet, ils manquèrent de l'affection nécessaire pour comprendre une juste valeur et cette patience bienveillante envers la noblesse qui est absolument essentiel pour saisir un personnage nouveau ou surprenant ou un mode de vie."
Un autre écrivain donne la description suivante d'Apollonios :
"Il avait une tête semblable à celle de Zeus, une longue barbe et de longs cheveux bornés par un filet. Damis décrit Apollonios comme toujours gentils, doux et modeste, et de ce fait, plus comme un Indien qu'un Grec, bien qu'en étant témoin de quelque injustice, il exprima son indignation. Son humeur était souvent pensive, et lorsque silencieux, il fixa le sol pendant de longs moments plonger dans ces pensées. Pourtant toujours sévère avec lui-même, il faisait volontiers des excuses pour les autres. Par exemple, on peut citer : Pendant le règne de Néron, lorsqu'en route pour Rome, Apollonios fut prévenu que lui et ses partisans seraient en danger, et des trente-quatre compagnons qui le suivirent, seulement huit restèrent assez braves pour faire face à la menace du péril ; tout en louant le courage de ceux qui restèrent avec lui, il refusa de juger comme lâches ceux qui s'étaient enfuis."
De la biographie de Philostrate, nous recueillons les faits suivants au sujet de la vie et du personnage d'Apollonios de Tyane. Il est né en l'an 4 avant J.-C. À l'âge de douze ans, il fut envoyé à Tarsus en Cilicie, le présumé lieu de naissance de St Paul. Là, il étudia tous les modes de philosophie et se perfectionna en rhétorique et en littérature générale. Il fit résidence au temple d'Asclépios, célèbre pour ses cures merveilleuses, et fut initié par ses prêtres en leurs mystères. Par la suite, il accomplit des guérisons qui étonnèrent non seulement le peuple mais aussi les maîtres de l'art de guérir. Il décida d'adopter la philosophie de Pythagore et observa rigoureusement la discipline pénible instituée par le sage de Samos. Il s'abstint de nourriture animale, de vin et de femmes ; il vivait de fruits et de fines herbes ; il était habillé seulement de vêtements de lin blanc de la plus simple confection ; il marcha pieds-nus ; et il avait la tête toujours à découvert, ne se coupant jamais les cheveux ni la barbe. Il était surtout distingué pour sa beauté, son humeur sympathique, son amour constant et sa gentillesse, et pour la sérénité imperturbable de son tempérament.
En ces qualités, il était l'incarnation personnelle des traits imaginaires du Jésus chrétien, et sans aucun doute, était l'original des illustrations du soi-disant Nazaréen, maintenant tant vénéré par les professeurs mal renseigné de la religion chrétienne. (Presque chaque illustration, qui dans les temps modernes sont reconnues comme étant une ressemblance de Jésus, ont vraiment leurs origines dans un portrait d'Apollonios de Tyane peint durant le règne de Vespasien.)
[Note : Cet écrivain n'a pas vu ce portrait peint durant le règne de Vespasien, mais il y a un buste de marbre d'Apollonios au Musée de Naples, en Italie ; et ce buste ressemble grandement, par la suite, à d'autres portraits de "Le Jésus-Christ." Une photographie de ce buste de marbre se trouve au début de ce livre.]
Déterminé à se consacrer à la poursuite de la connaissance et à l'enseignement de la philosophie, il donna son énorme patrimoine aux pauvres de sa parenté et se rendit à Antioche qui était alors un centre d'érudition mais moins connu que ceux d'Athènes ou d'Alexandrie. Là, il commença sa grande mission en enseignant la philosophie à plusieurs disciples ainsi qu'à la population. Peu après, Il alla au temple d'Apollon Daphné à Antioche où il apprit les mystères de ses prêtres. Plus tard, il se rendit en Inde à la recherche de la sagesse et visita les philosophes gymnosophistes d'Égypte. Il revint ensuite en Grèce pour restaurer les Mystères et enseigner les doctrines de Krishna et de Bouddha qu'il avait appris aux pieds de son professeur des Himalaya, Iarchas. (Ces enseignements personnifièrent les évangiles bouddhistes qu'Apollonios avait apporté vers l'Occident et devinrent l'origine de la religion chrétienne).
En tant que réformiste social et politique, il voyagea d'un coin de l'empire Romain à l'autre, incitant la révolte contre les tyrans cruels Néron et Domitien qui, tous deux, le mirent en état d'arrestation et le jetèrent en prison. Après son arrestation par Domitien, il fut acquitté et "disparut." Après avoir complété ses labeurs humanitaires pendant un siècle, nous croyons qu'il est allé en Inde rejoindre ses enseignants dans les Himalaya. Nous n'avons aucun détail quant au moment ou l'endroit de sa mort.
Ells donne le compte-rendu suivant de la vie d'Apollonios :
"Il est né à Tyane, une ville grecque d'Asie Mineure, trois ans avant la naissance du Christ et, il vivat environ cent ans, jusqu'au règne de Nerva. Comme Moïse, aucun homme n'a trouvé sa tombe à ce jour. Consacré à la philosophie dès son enfance, il l'étudia selon la méthode inégalée de ces jours-là, en écoutant des conférences et par des débats avec des penseurs rivaux dans chaque centre et des marches de chaque temple. Il choisit comme modèle la philosophie de Pythagore, pratiqua ses austérités avec enthousiasme, et par discipline mentale, maintenu le silence absolu durant cinq ans, évita toutes relations avec les femmes, donna son patrimoine et, porta seulement des vêtements de lin [coton].
"Dans la phraséologie d'aujourd'hui, il était végétarien et s'abstenait de tout. Il disait que son mode de vie a rendu ses sens anormalement aigus, ayant des prémonitions d'événements futurs et qu'il devenait conscient des esprits des hommes et des événements distants ; et, il s'est défendu avec succès lorsque accusé de 'sorcellerie' devant l'empereur. Il priait au soleil trois fois par jour, offrant de l'encens mais jamais il ne sacrifiait des victimes. Il croyait en l'immortalité de l'âme, en la réincarnation et en un dieu suprême -- le Créateur de l'Univers. En effet, nous pouvons dire que dans les divinités qu'il vénérait, il ne voyait que des phases et des opérations de cette Divinité Suprême, puisqu'en se référant aux dieux collectivement, il est fréquemment cité par Philostrate comme utilisant les mots 'dieux' ou dieu,' et le sage indien Iarchas, lui donnant son approbation, compare l'Univers à un bateau dont le Créateur est le Maître et les dieux subalternes,' des sous-officiers ! [Voir La conception chrétienne du rang des 'anges' qui assiste dans le bon fonctionnement de la création, et l'idée hindoue d'une trinité de 'dieux' -- Brahmâ, Vishnu et Shiva -- représentant les énergies de création, de préservation et de destruction qui opèrent continuellement dans la création, chacune ayant ses fonctions corrélatives ou centres d'énergies (chakras) dans le corps humain -- qui n'est qu'un microcosme ou un reflet du macrocosme, l'univers.]
"Durant toute sa longue vie, les villes, les temples et les souverains partout l'ont recherché pour ses conseils et son assistance qu'il donna librement sans récompense. Il a voyagé dans le monde connu de l'océan Atlantique à la rivière Gange, et vers le sud aux cataractes du Nil, acquérant et partageant la sagesse. Vers le milieu de sa vie, quand ses voyages n'étaient pas à demi complétés, il disait à ses disciples qu'il avait déjà vus plus de la surface de la Terre que tout autre homme. Pendant sa longue et laborieuse vie, il a produit plusieurs prodiges, et un grand nombre d'hommes l'ont considéré comme étant une divinité incarnée. Les rois de Perse et d'Inde ont rivalisé l'un avec l'autre pour lui faire honneur. Après sa mort, l'empereur Hadrien a construit un temple et a fondé une prêtrise pour son adoration de Tyane. L'empereur Aurélien a voué de faire de même, l'appelant le plus divin, sacré et vénérable de l'espèce humaine, doté de pouvoirs au-delà des mortels, déclarant : 'Si je vis, je publierai au moins un résumé de ses merveilleuses actions, non parce qu'elles nécessitent ce que mes mots peuvent ajouter, mais pour les rendre familier à tous, puisqu'elles sont merveilleuses.'
"Un autre empereur, Alexandre Sévère, de prédilection contestable, a mis l'image d'Apollonios dans sa chapelle privée ou solarium parmi les divinités tutélaires d'Orphée, Abraham et du Christ. (Bien que cette référence ait été citée par plusieurs auteurs, il paraît peu probable que les empereurs romains avant Constantin, le premier à accepter le Christianisme, avaient des statues d'Abraham ou du Christ dans leurs chapelles. Cette affirmation est évidemment une fausse interpolation chrétienne. Nous croyons que la statue d'Orphée est la seule qui aurait pu exister au côté de celle d'Apollonios. Tel qu'Eisler a démontré, même dans les catacombes des premiers chrétiens, il n'y avait aucune représentation de Jésus, tandis qu'Orphée est représenté comme l'objet central de la vénération. Il est probable qu'Orphée a été considéré comme le fondateur de la religion dont Apollonios était l'apôtre.)
Cette histoire, nous la devons à la révérence payée en sa mémoire par l'Impératrice Julia Domna, l'épouse de Septime Sévère, qui délégua Philostrate pour l'écrire et le fournit avec la plupart des matières et références. Pendant une période de deux cents ans après sa mort, Apollonios fut généralement acclamé plus divin qu'humain, jusqu'à ce que, durant le règne de Dioclétien, un proconsul romain, Hiéroclès, entreprit de repousser la popularité grandissante du Christianisme en publiant "Discours Ami de la Vérité" dans lequel il tira des comparaisons défavorables entre le Christ et Apollonios. L'Église naissante réfuta facilement son attaque, mais ne pu ni l'oublier ni le pardonner ; et non satisfait de cette victoire sur son assaillant, elle stigmatisa le philosophe, depuis longtemps décédé, de charlatan inspiré et assisté du diable.
L'Église persista dans ces tentatives d'anéantissement. Aussi tard que le temps de Charles II, quand un nommé Charles Blount essaya de publier une traduction de la biographie de Philostrate en Angleterre, dans sa préface, il se plaint que le clergé le laisserait seulement imprimer les deux premiers de ses huit livres, et que la prêtrise catholique était particulièrement active dans son opposition. (Ells, C.P., Life and Times of Apollonios of Tyana)
Depuis les temps anciens, la controverse fit rage entre les partisans d'Apollonios et ceux de Jésus à savoir lequel était du plus haut type moral. Les partisans d'Apollonios raisonnèrent que, étant un homme, il offre à l'humanité un exemple moral plus utile que Jésus, un dieu, qui ne pouvait qu'être vénéré, mais non-imité, et en comparaison duquel Apollonios était aussi vertueux en chaque respect, sinon plus. Ils démontrèrent en particulier qu'un homme qui, dès sa seizième année, choisit de manger que des fruits et des fines herbes et demeurer chaste à jamais -- laquelle résolution il suivit strictement tout au long de sa vie de plus d'un siècle -- était certainement de plus haut type moral que quelqu'un qui s'assit et mangea avec les publicains, les viandes et le vin qu'on lui offre lors des fêtes de mariages.
Au début du quatrième siècle A.D., Hiéroclès écrit un traité dans lequel il maintenait qu'Apollonios était de type beaucoup plus élevé que le Jésus des Évangiles. D'énormes controverses s'ensuivirent sur le sujet ; et les adversaires catholiques d'Apollonios inventèrent les mensonges les plus ridicules pour déprécier son caractère. Ainsi, immédiatement après sa formation au début du quatrième siècle, Arnobe et les Pères de l'Église, par méchanceté, attribuèrent les miracles réputés d'Apollonios à la magie, tout en fabriquant à partir de lui une imitation fictive en la forme du messie de leur nouvelle religion. Aussi tard que le quinzième siècle, nous trouvons Pico della Mirandola, et aussi tard que le seizième siècle, Jean Bodin et Baronius, dénonçant encore Apollonios comme un magicien malfaisant qui avait fait un pacte avec Satan.
Toutefois, même les ennemis d'Apollonios durent admettre que sa vie était exemplaire, puisque voici un homme qui, d'un jeune âge, choisit de s'abstenir de viande, de vin et d'association avec les femmes, qui laissa ses cheveux allongés et ne permit pas qu'une lame touche son menton, et qui, en tant que pythagoricien naturiste, marcha nu-pieds ou chaussa des sandales faites d'écorce, non de cuir, s'habillant seulement de robes de lin blanc et considérant cela impur de porter vêtements confectionnés de la laine de mouton.
Passant son temps dans un temple, son silence était extraordinaire, bien que sa connaissance des langues soit universelle. D'un coin de l'empire romain à l'autre, il voyagea comme enseignant et guérisseur et les malades vinrent le consulter là qu'il alla. Il était aussi un réformiste social et un révolutionnaire qui intrépidement s'opposa aux tyrans, incitant des soulèvements contre eux et organisant ses partisans en collectivités communistes.
Il paraît donc qu'Apollonios était de plus haut type moral et intellectuel que l'humble charpentier de Galilée. De telles considérations telles menèrent A. Réville, un écrivain catholique, dans son livre, Le Christ païen, à admettre : "Jésus n'était que l'offrande d'un peuple obscur ; sa doctrine n'était que le raffinement d'une misérable tradition locale ; sa vie, de laquelle si peu est connue à la grande majorité de ses contemporains, fut extrêmement courte. Il devint bientôt la victime des assauts de deux ou trois prêtres, un roi insignifiant et un plaignant et, quelques prodiges remarquables le distinguèrent d'une foule d'autres êtres qui n'eurent rien à faire avec les destins de l'humanité.
"Apollonios, au contraire, un Grec de naissance, avait amassé dans son vaste intellect les doctrines religieuses du monde entier, de l'Inde à l'Espagne et sa vie dura un siècle. Comme un météore illuminante, il traversa l'univers, en rapport constant avec les rois et les puissants du monde qui le vénéraient et le craignaient, et s'il rencontra de l'opposition, il la triompha majestueusement, toujours plus fort que ses tyrans, jamais sujet à l'humiliation et jamais emmené en contact avec les bourreaux publics."
Tredwell, dans "Sketch of the Life of Apollonios of Tyana" écrit comme suit :
"Apollonios était un homme grand et bon et ce fait ne peut être mis en doute ; les hommages que lui rendirent Titus, Vespasien et Aurèle en sont une garantie. Même parmi ceux de ce jour qui veulent le déprécier, plusieurs doivent admettre qu'une certaine moralité pure et vraie envahit la totalité de son système d'enseignement. Il contient une théorie bien établie, que la vertu et la vraie piété sont les seules fondations du bonheur.
"Apollonios était chaste et sobre ; il était motivé par un noble désir d'acquérir la connaissance et le désir encore plus noble de communiquer sa connaissance à l'espèce humaine. Dans son langage, il était ingénieux, érudit et original. Aucun homme n'a vécu qui ait tant repoussé l'artifice vulgaire qui produisait des effets sur les hommes ; ses enseignements n'étaient jamais caractérisés d'éclats majestueux. Il était toujours prêt à partager son enseignement peu importe l'endroit ; et de tous les témoignages à son égard, aucun homme n'eut été autant un apôtre de la paix. En effet, il est difficile de nier la juste conclusion qu'Apollonios, que Philostrate plaça devant nous, est un vrai personnage et non un esprit ; il marche sur la Terre, mange, boit et dort comme les autres hommes, aime et déteste telle que l'expérience nous apprend être le naturel de l'homme. Il est observateur de phénomènes naturels, il compare et médite, adore la nature, les oiseaux, les animaux, les arbres, les fleurs et n'est pas dépourvu d'humour, bien que sérieux et digne. Partout dans la nature et l'art, avec les Brahmanes de l'Inde, il trouva quelque chose à admirer."
Vers la fin du troisième siècle, immédiatement avant la formation de l'Église, la lutte entre les disciples pythagoriciens d'Apollonios et ses adversaires qui, plus tard, organisèrent l'Église Catholique Romaine à Nice, atteignit amèrement sa phase finale. À ce temps, il y avait plusieurs temples et lieux de pèlerinage en Asie Mineure consacrés à Apollonios et son oeuvre, mais il n'y en avait pas à Jésus. Il était inconnu puisqu'il n'existait pas.
À la place de l'auguste Apollonios dont la célébrité fut mondiale pendant les trois premiers siècles et qui fut révéré dans tous les centres d'érudition comme le plus sage des hommes, ses adversaires se sont efforcés à instaurer un jeune sans éducation connu que dans sa région et seulement par quelques pêcheurs illettrés de son voisinage, et dont la courte période d'activité (3 ans) et sa courte vie (33 ans) l'empêcha d'accomplir ce qu'Apollonios avait accompli durant son siècle d'activité continue. Tandis que Jésus passa sa vie en Galilée parmi les gens du peuple, Apollonios voyagea d'un coin de la Terre à l'autre, étudiant la sagesse des plus grands esprits qui s'y trouvaient -- les brahmanes des Himalaya, les philosophes gymnosophistes d'Égypte et les druides de Gaule, etc.
Selon Tredwell, Apollonios voyagea plus que tout homme de son âge. "Qu'il était un homme exceptionnel," Tredwell ajoute, "est démontré par ses lettres adressées aux rois, aux souverains, aux philosophes, aux sociétés et les grands hommes de son temps. Elles existaient encore et furent mentionnées dans les travaux de Philostrate et de Cujacius. Il voyagea parmi les Mages et fut d'autant plus honoré partout à cause de sa modestie et de ses vertus, donnant toujours de sages et prudents conseils, contestant que rarement. La prière qu'il était dans l'habitude d'offrir aux dieux est admirable : 'O, dieux immortels, allouez-nous ce que vous jugerez approprié et ce que nous méritons.'"
Pendant plusieurs siècles après son passage, une auréole de sainteté fut placée autour de sa tête et il fut vénéré comme un dieu dans plusieurs partie du monde. Les Tyanaéens l'élevèrent au rang de demi-dieu et les empereurs romains approuvèrent son apothéose. Mais, avec le temps, la déification d'Apollonios subit le même destin que celui décrété aux empereurs romains ; et sa chapelle est devenue aussi abandonnée que celle que les Athéniens avaient élevée en l'honneur de Socrate.
Les disciples d'Apollonios réclamaient qu'il soit le fils d'un dieu (Protée), une revendication qu'il nia. Néanmoins, les gens croyaient qu'Apollonios était de d'origine divine et que les messagers d'Apollon ont chanté à sa naissance. Ammien Marcellin classait Apollonios parmi les hommes les plus éminents, et revendiqua qu'il prophétisait par l'entremise surnaturelle d'un génie, comme le firent Socrate et Numa.
Les miracles qu'on dit avoir été exécuté en Inde par le sauveur hindou Krishna durant sa mission, étant presque identique à ceux attribués à Apollonios, furent tous bien connus et discutés à Alexandrie en ce temps. Bien qu'Apollonios n'ait jamais encouragé la propagation de sa nature divine, il ne l'a cependant jamais répudiée, sachant que peu de respect est attaché à la personne ou aux enseignements de quelque philosophie par les multitudes vulgaires à moins que fondé sur des preuves d'inspiration divine. Ces preuves leur furent démontrées par des "miracles." Il semble avoir permis à la populace vulgaire de croire en cela. De là survint la croyance qu'il était le fils de Dieu, un deuxième Krishna ou un Christ.
Par respect pour Apollonios, son lieu natal de Tyane fut considéré comme une ville sacrée et exemptée de la juridiction des gouverneurs envoyés de Rome. Gibbon, dans son Histoire de Rome, déclare qu'une révérence superstitieuse de la part des gens du pays d'Apollonios causa l'empereur Aurélien [Lucius Domitius Aurelianus] (273 A.D.) de traiter avec clémence la ville conquise de Tyane. Malgré sa distinction comme historien romain, Gibbon fut ignorant de l'importance d'Apollonios et cela est démontré par ses mots : "Nous ne sommes pas en mesure de découvrir si Apollonios était sage, un imposteur ou un fanatique." Vu une telle ignorance de la part d'une autorité tant réputé de l'histoire romaine, nous pouvons imaginer comment le public général soit mal informé sur le sujet au temps qu'écrit Gibbon, comme cela l'est encore.
Vopiscus écrit que lorsque les forces d'Aurélien marchaient contre Tyane, parce que les citoyens avaient fermé les portes contre lui, l'empereur devint si irriter qu'il déclara qu'il ne laisserait pas un seul chien vivant dans la ville ; mais l'esprit d'Apollonios lui apparut dans sa tente et l'intimida à changer son humeur. Par égard pour Apollonios, il épargna les habitants. Plus tard, il consacra un temple en son honneur, comme le fit aussi l'empereur Aurélien. L'empereur Hadrien déposa respectueusement les écrits d'Apollonios dans son splendide palais à Antium, où les pèlerins s'assemblèrent quotidiennement pour les voir.
Sa réputation de saint était si bien établie durant les premiers siècles que même après la venue du Christianisme, plusieurs écrivains chrétiens, y compris Cassiodore, en firent leur éloge. Lactance dit qu'une statue d'Apollonios fut élevée à Éphèse. Des statues de lui furent élevées dans les temples et des honneurs divins lui furent rendus par les empereurs Caracalla, Alexandre Sévère et Aurélien, pendant que des vertus magiques furent attribuées à son nom. Newman réclame qu'Apollonios ait été salué partout comme un dieu et quand il entra dans une ville fit aussitôt des convertis. Ce fut le cas à Olympie où les foules lui portèrent plus d'attention qu'aux jeux, le vénérant presque.
À Éphèse, il fut vénéré sous le titre d'Hercule, celui qui chasse le mal. Réville dit, "après sa mort, la ville de Tyane lui paya des honneurs divins ; et le respect universel dans lequel il était porté par la totalité du monde païen témoigna de la profonde impression que la vie de cet être surnaturel avait fixé dans leurs esprits de façon indélébile, une impression qui poussa un de ses contemporains à s'exclamer, 'nous avions un dieu vivant parmi nous.'"
Newman, un apologiste catholique, cherchant d'abord à discréditer Apollonios et puis, par la suite, admettant sa noblesse, écrit : "Apollonios est représenté comme faisant des convertis aussitôt que vu. Ce n'était donc pas ses merveilles mais son habillement pythagoricien et son air mystérieux qui attira l'attention et qui fit qu'il soit considéré supérieur aux autres hommes, parce qu'il était différent d'eux. Comme l'Alexandre de Lucien, il était habile en médecine, professant être favorisé par Asclépios et, prétendant à la prescience. Il était de collusion avec les prêtres païens et supportés par les Oracles. Et, étant plus strict dans sa conduite que Paphlagonie, il établit une célébrité plus durable."
Pendant plusieurs siècles après le passage d'Apollonios, il reçut des honneurs des empereurs égales à celles qu'ils revendiquèrent pour eux-mêmes et, il fut déifié universellement et adoré comme demi-dieu. Philostrate écrit que "les gens du pays disent qu'il était un fils de Zeus, mais il disait être le fils d'Apollon, comme son nom l'indique. Apollonios fut appelé le 'vrai ami des dieux.'" Dans son Dictionnaire Historique et Critique (1696), Pierre Bayle remarque qu'Apollonios fut vénéré au début du quatrième siècle sous le nom d'Hercule, basant sa référence à Vopiscus, Eusèbe et Marcellin. Albert Réville dit, "Le respect universel dans lequel il était tenu par le monde païen entier témoigna de l'impression profonde que la vie de cet être surnaturel avait fixé dans leurs esprits de façon indélébile."
Philostrate parle d'un temple à Tyane construit avec des fonds impériaux et consacré à sa mémoire, "car les empereurs l'avaient jugé digne de tels honneurs que les leurs." Ce fut des prêtres de ce temple qui avait assemblé autant d'information qu'ils pouvaient au sujet d'Apollonios que Philostrate prit une grande partie de la matière pour sa biographie.
Au sujet de la renommée universelle d'Apollonios pendant le 1er siècle, W.B. Wallace écrit : "Sa contenance noble, sa présence engageante, sa doctrine pure, sa vie sans tache, son plaidoyer passionné de l'immortalité de l'âme aussi bien que ses miracles, menèrent les hommes à croire, où qu'il alla, qu'il était plus que mortel. Il côtoyait et correspondait avec les grands du monde."
J.A. Froude écrit : "Selon Philostrate, il était un sauveur païen qui réclamait avoir reçu un ordre du ciel d'enseigner une religion pure et réformée, et comme preuve de son autorité s'occupa de guérir les malades, les aveugles, ressuscitant les morts à la vie, exorcisant les démons, calmant les tempêtes et prophétisant des événements futurs -- lesquels se manifestèrent par la suite.
"Il est né quatre ans avant l'Époque Chrétienne à Tyane, une ville de la Cappadoce. Ses parents l'envoyèrent pour être instruit à Tarsus, en Cilicie, un endroit de grande richesse et réputation, et il devait être au tout début de ses études quand St Paul, comme petit garçon, commençait à courir dans les rues. À la mort de son père, il divisa son héritage parmi les pauvres et, après une retraite de cinq ans, il voyagea aussi loin que l'Inde à la recherche de la connaissance. Là, il discuta avec les sages Brahmanes et revint chez lui avec des idées éclairées. Il commença sa carrière comme enseignant dans l'Empire romain. Il prêcha sa nouvelle religion et produit des miracles pour induire les gens à croire en lui. Il fut le conseiller spirituel de Vespasien. Domitien l'inculpa d'avoir prétendu être un dieu lui-même. Il fut poursuivi en justice, déclaré coupable et allait souffrir quand il disparut des mains de la police romaine et réapparut à Éphèse. ... Apollonios de Tyane, parmi tant d'autres, fut considéré comme une émanation de la nature divine." -- Dix-neuvième siècle, Sept. 1879
Tigellinus, la brute favori de Néron, trembla devant lui ; il encouragea Vespasien de viser le diadème Impérial. Ses disciples furent nombreux. Sur ce point, Mead, dans son "Apollonios of Tyana," écrit : "Il s'attira un grand nombre de partisans et de disciples. Il aurait été intéressant si Philostrate nous en avait dit plus long au sujet de ces 'Apolliniens,' comme ils étaient appelés, et s'ils constituaient une école distincte ou s'ils étaient groupés dans des communautés suivant le mode pythagoricien ou s'ils étaient simplement des étudiants indépendants attirés à la personnalité la plus imposante du temps dans le domaine de la philosophie."
Indiquant la haute révérence dans laquelle Apollonios était tenu en son temps, Justin Martyr, dans son travail écrit dans le deuxième quart du premier siècle, fait l'énoncé suivant :
"Question 24 : Si Dieu est le créateur et le maître de la création, comment les objets consacrés d'Apollonios peuvent-ils avoir du pouvoir dans les (divers) ordres de la création ? Car, comme nous voyons, ils contrôlent la fureur des vagues, le pouvoir des vents et, les invasions de vermine et les attaques des bêtes sauvages."
Les disciples d'Apollonios, s'appelant des Apolliniens, continuèrent à le vénérer jusqu'au quatrième siècle. Plusieurs portèrent les mêmes vêtements que lui et adoptèrent son mode de vie végétarien de pythagoricien. Cependant, Apollonios n'imposa jamais son mode de vie sur les autres, même sur ses disciples personnels auxquels il donna une entière liberté. Ainsi, il dit à Damis qu'il n'avait aucun souhait de l'interdire de manger de la chair et de boire du vin bien qu'il se réserve ce droit et celui de défendre sa conduite si nécessaire. Ceci nous indique que Damis, qui était la source d'information de Philostrate à propos de la vie et des enseignements d'Apollonios, n'était pas un membre du cercle intérieur de la discipline et, par conséquent, n'était pas en mesure de communiquer tout au sujet de son maître comme il aurait été capable de le faire autrement.
Dans les Épîtres de St Paul, qui, dans leur version originale, furent sans doute écrites par Apollonios, Damis est rapporté comme "Demas," un compagnon de l'apôtre (Paul, ou Pol, représentant Apollonios, qui apparaît aussi dans les Épîtres comme "Apollos," de qui on dit avoir prêché une doctrine similaire et cela, d'une manière semblable à celle de Paul).
(Voir Colossiens, Chapitre 4 : verset 14; II Timothée, Chapitre 4 : verset 10; Philémon, verset 24; I Corinthiens, Chapitre 3 : versets 4 -- 6 et verset 22; I Corinthiens, Chapitre 4 : verset 6; Tite, Chapitre 3: verset 13.)
En admettant qu'il ne pouvait pas faire partie du cercle intérieur de son professeur et de son maître, Damis fait référence à son manuscrit sur la "Vie, les Voyages et les Proverbes d'Apollonios de Tyane" comme "les miettes de la fête des dieux." Plus tard, il entra en la possession de Julia Domna par l'entremise d'un parent de Damis et constitua la base de la biographie de Philostrate. Plusieurs références sont faites qu'ils accompagnent Apollonios sur ses voyages, parfois autant que dix en même temps, mais aucun ne pouvait s'adresser à un autre jusqu'à ce qu'ils eussent accompli le voeu de silence. Les plus distingués de ses disciples furent Musonius, considérés comme le plus grand philosophe du temps après Apollonios, et qui fut la victime spéciale de la cruauté de Néron, et Démétrios, "qui aimait Apollonios" comme son maître.
Ces noms sont bien connus à histoire ; parmi les noms peu connus est l'Égyptien Dioscoridès qui fut laisser derrière pendant le long voyage en Éthiopie par rapport à son état de santé ; Menippus, qu'il avait libéré d'une obsession ; Phaedimus et Nilus qui se sont joints à lui des Gymnosophistes ; et bien sûr, Damis, qui nous ferait penser qu'il était toujours avec lui du temps de leur première rencontre à Ninive.
Il y a raison de penser que les disciples d'Apollonios étaient des Esséniens ou des Thérapeutes, des sectes dont il était sans doute le chef. Selon Réville, "Apollonios et ses disciples, comme Pythagore et ses disciples, constituaient un ordre régulier de moines païens."
Lecky, dans son livre bien connu "History of European Morals," déclare qu'Apollonios "obtint une mesure de succès au deuxième rang seulement après celle du Christ." Renan appela Apollonios "une sorte de Christ du paganisme." Réville l'appelle un Christ grec ou païen, "un prêtre universel, un philosophe qui est si sacré qu'il est intitulé aux honneurs divins," et "un dieu de forme humaine." "Il préconisa une moralité et une vertu bien en avance des sentiments religieux de son temps." De plus, il écrit : "Apollonios de Tyane, à la fin de la période Flavienne, s'efforça avec noblesse d'unir la formation morale avec l'entraînement religieux ; les oracles, qui avaient cessé depuis longtemps, furent partialement restaurés."
Selon Phillimore, Apollonios fonda une église et une communauté composés de ses disciples -- qui était sans doute la branche des Esséniens connu comme les Nazaréens ou les Thérapeutes. Phillimore dit, "on peut dire qu'Apollonios fonda un 'église' ; mais il n'y avait rien de commercial dans l'institution ; il n'était pas salarié par ses disciples admiratifs."
Où qu'il alla, il semble qu'Apollonios était lui-même un objet de vénération -- à cause de sa sainteté, sa sagesse, sa beauté, etc. Phillimore écrit : "Ses pouvoirs magiques, qui paraissent avoir été considérables, procuraient à la piété locale sa reconnaissance comme objet de culte dans sa Cappadoce natale." Il existe des preuves que "l'Église" d'Apollonios, dont les adhérents étaient connus comme des "Apolliniens," subsista durant quelques siècles après sa mort et constitua l'origine de ce qui, après le Conseil de Nicée, fut transformé en l'Église Chrétienne.
G.R.S. Mead, un étudiant des premiers mouvements chrétiens et gnostiques, écrit de façon similaire ce qui suit : "Apollonios de Tyane fut le philosophe le plus célèbre du monde gréco-romain du premier siècle et dévoua la majeure partie de sa longue vie à la purification du grand nombre de cultes de l'Empire et à l'instruction des ministres et des prêtres de ses religions. À l'exception du Christ, aucun autre personnage plus intéressant ne parut sur la scène de l'histoire occidentale en ces premières années."
Appien classe Apollonios avec Moïse et Zoroastre, et d'autres prophètes et mages célèbres de l'antiquité. À la fin du troisième siècle, Arnobe, le professeur de Lactance, le classe aussi parmi les grands prophètes au côté de Zoroastre. Bien que la haute opinion universelle d'Apollonios fut perdue après la formation de l'Église, les Pères de l'Église n'étaient pas tous du même avis à son sujet, puisque d'un côté, bien que nous trouvions Jean Chrysostome dénonçant amèrement Apollonios comme un trompeur et mal faiseur, Jérôme affirme que le philosophe trouvait partout quelque chose à apprendre et quelque chose par lequel il pourrait devenir un meilleur homme. Aussi durant le prochain siècle, St Augustin, en ridiculisant les tentatives qui ont été faites à une comparaison de Jésus, admet que le caractère d'Apollonios était exemplaire en vertu.
Vopiscus, un écrivain qui vivait à la fin du troisième siècle, est très enthousiaste au sujet d'Apollonios qu'il appelait "un sage de la renommée et de l'autorité la plus répandue, un philosophe ancien et un vrai ami des dieux, en effet, une manifestation de la Divinité." Vopiscus résolut d'écrire une vie d'Apollonios en latin, pour que, dit-il, "ses actions et ses mots puissent être sur les langues de tous, puisque les seuls travaux sont en Grec. Qui parmi hommes," ajoute-t-il, "fut plus sacré, plus digne de révérence, plus vénérable et plus comme Dieu que lui ?" C'est lui qui rendit la vie au mort. C'est lui qui fit et dit tant de choses au-delà du pouvoir des hommes.
Vopiscus n'a pas accompli son intention, mais Soterichus, un poète épique Égyptien de la dernière décennie du troisième siècle, Nichomachus, et Tascius Victorianus ont tous écrit des vies d'Apollonios qui furent perdues après la formation de l'Église, ayant été détruit par les chrétiens.
Durant le cinquième siècle, nous trouvons Volusien, un proconsul d'Afrique, descendant d'une vieille famille romaine, vénérant encore Apollonios de Tyane comme être surnaturel. Lactance fait référence à une statue élevée à sa mémoire à Éphèse. Sidonius Apolinaris, qui écrit sa biographie dans la dernière moitié du cinquième siècle, parle de lui comme le favori des monarques et l'admiration des pays qu'il traversait. Ce même écrivain envoyea une copie du livre de Philostrate, La Vie d'Apollonios de Tyane à son ami Léo, le chancelier d'un roi Franc à Toulouse, avec ce message :
"Mettez de côté vos durs labeurs et donnez-vous un répit des fardeaux et du remue-ménage de la Court, pour que vous puissiez vraiment étudier ce volume long attendu tel qu'il le mérite. Lorsque absorbé par lui, vous vous promènerez avec notre Tyanéen dans les Caucase et sur l'Indus, des Brahmanes de l'Inde et des philosophes nus de la Nubie. Il décrit la vie d'un homme semblable à vous, avec le respect que je vous dois par rapport à votre foi catholique. Courtisé par les souverains, mais ne les courtisant jamais ; passionné pour la connaissance ; éloigné de l'avarice ; jeûnant aux fêtes ; vêtu de lin parmi des porteurs de pourpre ; réprimandant le luxe; indépendant ; parlant en toute simplicité ; franc au milieu des rois parfumés qui puaient de myrrhe et malo-bathrum et polis avec une pierre ponce ; ne prenant des troupeaux rien à manger ou à se vêtir ; et malgré toutes ces particularités, non méfié mais honoré partout où qu'il alla sur la Terre, et bien que des trésors royaux aient été mis à sa disposition, acceptait d'eux les cadeaux pour ses amis car il aimait mieux donner que recevoir. Bref, si nous mesurons et pesons les réalités, aucune biographie de philosophe égale à la sienne n'a jamais paru dans le temps de nos ancêtres ; en autant que je le sais ; et je suis certain que dans mon temps, il trouve en vous un lecteur digne."
D'autres références à Apollonios furent dérivées d'un certain Machus dont la couleur exceptionnelle des robes lui gagna le nom de Porphyre. Il écrivit un traité célèbre contre le Christianisme qui fut détruit par l'empereur ; mais sa vie de Pythagore et son école, écrite en les dernières années du troisième siècle et les premières années du quatrième, existe encore comme l'est aussi un travail semblable de Jamblique écrit au même moment ; et les deux font référence à la biographie d'Apollonios au sujet de Pythagore, les trente premières sections desquelles constituaient le cours de leur information.
Tredwell dit qu'il y eut une vaste quantité de littérature produite pendant la période apollinienne, "plus probable que jamais produit pendant une même période par un aussi grand nombre de personnes. Tout ce que nous en savons est qu'elle a déjà existé et fut détruite pendant les âges subséquents. Elle fut sans doute brûlée par les Chrétiens."
Apollonios était un homme de connaissance étendue et l'auteur de plusieurs livres qui furent tous détruits par les Chrétiens. Apollonios fut l'auteur des livres suivants :
(1) les Rites Mystiques ou Concernant les Sacrifices. Tel que mentionné par Philostrate, ce traité établit la méthode appropriée de sacrifice à chaque dieu ainsi que les heures appropriées des prières et des offrandes. Il fut largement circulé et Philostrate en avait vu des copies dans les bibliothèques et dans les villes et, dans les bibliothèques des philosophes. Quelques fragments furent conservés et trouvés dans les écrits d'Eusèbe. Noack nous dit que les érudits sont convaincus de l'authenticité de ce livre qui fut largement circulé et tenu dans le plus haut respect. Il est dit que ses règles furent gravées sur les piliers d'airain de Byzance mais furent fondus par les Chrétiens.
(2) Quatre livres intitulés Les Oracles ou Concernant la Divination. Selon Philostrate, le titre complet était Divination des Étoiles et il dit qu'il était basé sur ce qu'Apollonios apprit en Inde ; mais cette sorte de divination écrite par Apollonios n'était pas l'astrologie ordinaire, mais quelque chose que Philostrate considère supérieur à l'art humain ordinaire dans de tels sujets. Cependant, il n'avait jamais entendu parler de quiconque possédant une copie de ce livre rare.
(3) La Vie de Pythagore. Porphyre fait référence à ce livre et Jamblique en cite un long passage.
(4) Le Testament d'Apollonios. Celui-ci fut écrit dans le dialecte ionien et contenait un résumé de ses doctrines.
(5) Un Cantique à la Mémoire. Eudoxie parle de plusieurs autres travaux, lesquels, y compris ceux décrits ci haut, furent détruits par les ecclésiastiques. Il était familier avec Platon, Pythagore, Lévy et Horace, tel qu'indiqué par ses nombreuses citations ; mais son auteur favori fut Homère et sa philosophie, le stoïcisme dialectique de Zénon. Il était l'auteur de quatre livres sur l'Astrologie Judiciaire et un traité sur le Sacrifice, rapportés par Eusèbe et Suidas.
L'Empereur Hadrien avait un livre qu'il avait écrit qu'il garda avec ses lettres dans son palais à Antium. Selon Tredwell, il paraît probable qu'Apollonios fut l'auteur d'une littérature volumineuse que Philostrate devait avoir devant lui dans un journal de Damis. Aurélien (130 A.D.) apprit le Stoïcisme des écrits d'Apollonios. "D'Apollonios," disait Aurélien, "j'ai appris la liberté de la volonté et la compréhension, la persévérance et de ne jamais me servir, même pas pour un moment, de quoique ce soit d'autre que la raison."
